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LL n° 128 : Analyse du film "Fatima" de Marco Pontecorvo

Samedi 4 décembre 2021 : 1er samedi du mois

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Lettre de liaison n° 128 (2 décembre 2021)Imprimer

Chers amis

L’actualité nous conduit à interrompre momentanément nos réflexions sur le message et le secret de Fatima. En effet, plusieurs personnes nous ont récemment demandé ce qu’il fallait penser du dernier film de Marco Pontecorvo, Fatima, diffusé en France depuis le 6 octobre par la société Saje.
Au départ, nous n’étions pas très chaud pour publier une critique de ce film, car il est diffusé par une société qui a le mérite de diffuser de très bons films. Pourtant, devant les demandes reçues, il était difficile de se taire. Après réflexion, il nous a semblé qu’une critique faite le plus charitablement possible pouvait s’avérer utile. En effet, un point de désaccord analysé avec honnêtement et le plus objectivement possible peut conduire à un approfondissement de nos connaissances. L’Église n’a jamais eu peur des critiques et les hérésies l’ont toujours conduite à approfondir sa doctrine. C’est pourquoi nous avons accepté de tenter le difficile exercice d’analyser ce film, espérant que cette analyse qui se veut plus une réflexion sur le message de Fatima qu’une critique du film, puisse être utile aussi bien à ceux qui ont vu le film qu’à ceux qui ne l’ont pas vu.

Pour commencer, il faut reconnaître que ce film a d’indéniables qualités : c’est un très beau film, pourrait-on dire dans le langage courant. Les paysages sont beaux ; l’ambiance de l’époque est très bien rendue ; les personnages sont dans l’ensemble très vrais ; les enfants jouent de façon étonnamment naturelle. Aussi ne s’ennuie-t-on absolument pas en regardant le film, bien au contraire. Mais à côté de ces qualités artistiques et cinématographiques méritées, il a quelques défauts qui ont gêné certains de ceux qui l’ont vu, ce qui les a conduits à nous demander notre avis.

Il faut reconnaître que, si l’histoire est en grande partie inspirée des apparitions de 1916 et 1917 à Fatima, elle n’est pas toujours fidèle. Le film commence avec la première apparition de l’Ange en 1916 et se termine à la fin de la dernière apparition de 1917. Certes, faire un film sur des événements aussi denses nécessite forcément d’adapter plus ou moins les faits pour les faire rentrer dans une durée définie et avec des moyens techniques qui, s’ils sont devenus impressionnants de nos jours, conservent malgré tout des limites, surtout lorsqu’il s’agit de représenter des réalités surnaturelles. Faire quelques adaptions par rapport à la réalité était donc inévitable. Toutefois, ces adaptions ne doivent pas conduire à travestir les faits ou en modifier l’esprit. Or si, en général, le film respecte ce principe, force est de constater que ce n’est pas toujours le cas. En particulier, il y a des coupures dans l’histoire pas toujours bien choisies, des modifications de certains faits profondément regrettables et des scènes totalement inventées. Si elles sont trop nombreuses, ces adaptations peuvent aller jusqu’à dénaturer le message de Fatima. Voyons ce qu’il en est. (Pour ne pas être trop long, nous n’analyserons que les apparitions proprement dites.)

Les apparitions de l’Ange

Le film commence avec la première apparition de l’Ange. Pour ceux qui ne sont pas forcément familiers des apparitions de Fatima, voici comment Lucie rapporte cette apparition dans ses mémoires.

Nous étions montés sur le versant à la recherche d’un abri, et après avoir goûté et prié, nous avons commencé à voir à quelque distance, au-dessus des arbres qui s’étendaient vers l’est, une lumière plus blanche que la neige, ayant la forme d’un jeune homme. (…) Nous étions surpris et à demi absorbés. Nous ne disions mot. En arrivant près de nous, l’Ange nous dit : « N’ayez pas peur. Je suis l'Ange de la Paix. Priez avec moi. » Et s’agenouillant à terre, il baissa le front jusqu’au sol. Poussés par un mouvement surnaturel, nous l’imitâmes et nous répétâmes les paroles que nous lui entendions prononcer : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime. Je Vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n'adorent pas, qui n'espèrent pas, qui ne Vous aiment pas. » Après avoir répété cette prière trois fois, il se releva et nous dit : « Priez ainsi. Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications. » Et il disparut.

La scène présentée par le film, la toute première du film, est très différente. Lucie est seule dans une grotte souterraine en train de nettoyer des gravures rupestres. L’Ange apparait et dit : « N'aie pas peur. Ne crains rien. Je suis l’Ange de la paix, l’ange du Portugal. » Dans la réalité, l’Ange ne révèle qu’il est l’ange du Portugal qu’au cours de sa deuxième apparition. Puis l’Ange ajoute : « Regarde. » Lucie a alors une vision de la guerre au cours de laquelle elle voit son frère Manuel pendant un combat. L’Ange continue en disant : « Ils ne semblent pas prêts de s'arrêter. » Puis il ajoute : « Nous devons prier » et sans se prosterner jusqu’à terre, il fait réciter la prière « Mon dieu, je crois … » mais en omettant la deuxième partie : « Je vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas qui n’adorent pas et qui n’espèrent pas. » (Jean-Paul II fit la même omission en citant cette prière de l’Ange dans le sermon qu’il prononça lors de son pèlerinage à Fatima le 13 mai 1982.) Pourquoi avoir supprimé une partie si courte et qui est si importante pour bien comprendre le message de Fatima ? Car cette première prière de l’Ange donne la raison principale de toutes les apparitions Fatima : la conversion des pécheurs.
Juste avant de disparaître, l’Ange ajoute : « Prie pour la paix. » Cette phrase est une invention, car au cours de ses trois apparitions, l’Ange n’a jamais demandé de prier pour la paix, mais pour la conversion des pécheurs, ce qui est bien différent. Dans la réalité, avant de disparaître, l’Ange confia aux petits voyants : « Priez ainsi. Les Cœurs de Jésus et de Marie sont attentifs à la voix de vos supplications », précision importante omise dans le film.
Ainsi, dès le début, le film s’écarte sensiblement de l’histoire réelle et les changements apportés modifient profondément l’esprit de cette première apparition. Or aucune contrainte cinématographique n’imposait de telles modifications : il était parfaitement possible de respecter les faits.

Le producteur a, ensuite, choisi de ne pas représenter les deux autres apparitions de l’Ange, celle de l’été près du puit des parents de Lucie, puis celle de l’automne, à nouveau au Cabeço. Dans le film, l’Ange apparaît bien deux autres fois, mais très brièvement et de façon totalement inventée : il apparaît uniquement à Lucie, sans dire un mot, une première fois sur la place du village pendant que l'administrateur égrène la dernière liste de morts, puis au cours d’un interrogatoire des petits voyants après la troisième apparition de 1917.
Ainsi les si riches paroles de l’Ange au cours de ces deux apparitions ne sont pas dans le film. Or dans celle de l’été, l'ange donne la définition des sacrifices à faire pour les pécheurs. Et dans celle de l’automne, il donne un très bel enseignement sur l’eucharistie. La suppression de ces deux apparitions est très regrettable, car c’est un petit résumé du message de Fatima. De plus, lorsqu’un peu plus tard la mère de Lucie refuse de danser pour fêter le retour du front de plusieurs soldats, on comprend mal d’où vient la réponse de Lucie : « Maman doit faire des sacrifices pour faire revenir Manuel. » Et cette réponse est incorrecte pour plusieurs raisons :  d’une part, dans ses mémoires, sœur Lucie ne parle jamais de son frère Manuel, sauf dans le deuxième pour signaler qu’elle était la dernière d’une fratrie de cinq filles et un garçon ; d’autre part, au cours de sa deuxième apparition, l’Ange demanda de faire des sacrifices pour obtenir la conversion des pécheurs : « Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices. (…) De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. (…) Surtout, acceptez et supportez, avec soumission, les souffrances que le Seigneur vous enverra. »

Cette première partie du film met donc mal à l’aise. Heureusement, la suite corrige ce début malheureux, mais pas complètement.

Nota 1 : Pour illustrer les suppressions, modifications ou ajouts du film, est donné en annexe 1 un tableau comparant les paroles telles qu’elles sont dans le film et dans les mémoires de sœur Lucie (le 2e et le 4e).
Nota 2 : Pour ce qui ne connaissent pas en détail l’histoire des apparitions, un bref récit de ces apparitions figure sur cette page du site : Brève histoire des apparitions de Fatima.

Les apparitions de Notre-Dame

L’apparition du 13 mai 1917

La première apparition de Notre-Dame réserve quelques surprises. Tout d’abord, après l’éclair annonçant sa venue, la Sainte Vierge n’apparaît pas venant du ciel pour s’arrêter au-dessus d’un petit chêne-vert, mais arrive en marchant. C’est très regrettable, car cela ôte en partie le caractère surnaturel de l’apparition. Il en sera ainsi pour chacune des apparitions suivantes, notamment le 13 octobre où on voit les pieds de Notre-Dame marchant dans la boue ! Certes, il n’était pas facile de représenter une telle scène. Toutefois avec les effets spéciaux dont est capable le cinéma moderne, n’aurait-il pas été possible de présenter quelque chose d’approchant ?
Le dialogue entre Notre-Dame et Lucie est fidèle à trois détails près : dans le film, Notre-Dame dit : « Je viens du ciel », alors qu’en réalité, elle a dit : « Je suis du ciel. » Il y plus qu’une nuance.
Ensuite, l’échange sur le purgatoire est omis. En effet, Lucie ayant demandé si son amie Amélie était au Ciel, Notre-Dame lui répondit : « Elle est au purgatoire jusqu’à la fin du monde. » C’est une omission grave, car les fins dernières, le Ciel, le purgatoire, l’enfer, sont un des enseignements essentiels de Fatima.
L’échange suivant est également omis, à savoir : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs ?  —  Lucie : Oui, nous le voulons.  — Notre-Dame : Vous aurez alors beaucoup à souffrir, mais la grâce de Dieu sera votre réconfort. » Cette omission est particulièrement regrettable, car les paroles de Notre-Dame font écho à celles de l’Ange dans sa deuxième apparition. Ainsi la conversion des pécheurs, aspect si important du message de Fatima, est une nouvelles fois passée sous silence, alors que l’échange est bref et son inclusion n’aurait pas allongé la durée du film.
Dans ses mémoires, sœur Lucie dit qu’au cours de cet échange, la Sainte Vierge ouvrit les mains faisant pénétrer un reflet de sa lumière dans le cœur des petits voyants qui « se virent eux-mêmes en Dieu ». Cette scène est omise, omission qui sera reproduites dans les apparitions suivantes de juin, juillet et octobre. Ainsi, ce geste si éloquent de la Sainte Vierge ouvrant les mains pour faire comprendre des réalités surnaturelles aux petits voyants et montrer sa puissance, est toujours omis.
Dans le film, l’apparition s’achève par ces paroles de la Sainte Vierge : « Dites le rosaire tous les jours », alors qu’elle a demandé la récitation quotidienne non pas du rosaire, mais du chapelet. Puis, dans le film, la Sainte Vierge ajoute : « Le monde a besoin de paix. », phrase très éloignée du véritable sens du message et que l’on ne trouve jamais dans les propos ou les écrits de sœur Lucie. Ainsi, pour la deuxième fois, le sens du message est orienté, non pas vers la conversion des pécheurs, mais vers la paix.

Nota : Comme pour les apparitions de l’Ange, pour illustrer les suppressions, modifications ou ajouts du film, est donné en annexe 2 un tableau comparant les paroles de Notre-Dame telles qu’elles sont dans le film avec celles du quatrième mémoire de sœur Lucie. De même, pour ceux qui ne se rappelleraient pas le détail des apparitions de 1917, elles sont brièvement exposées sur cette page du site : Brève histoire des apparitions de Fatima.

L’apparition du 13 juin 1917

L’éclair annonçant l’arrivée de Notre-Dame n’est pas représenté, et la Sainte Vierge arrivant en marchant, les personnes présentes n’ont pu observer aucun signe extérieur alors que ces signes sont ce qui a le plus frappé les témoins et sont la marque infaillible que les petits voyants ne mentaient pas. (Les manifestations extérieures étaient les suivantes : l’éclair alors qu’il faisait beau, le globe lumineux se posant sur le chêne-vert, le ploiement des branches du chêne-vert, les réponses de la Sainte Vierge qui étaient audibles bien que non compréhensibles par les témoins.)
Pour la deuxième fois, le film fait dire à Sainte Vierge de réciter le rosaire tous les jours alors qu’en réalité Notre-Dame a demandé la récitation quotidienne du chapelet et non pas du rosaire.
Ensuite, elle annonce qu’un petit paralysé sera guéri. Jacinthe se retourne alors pour annoncer la nouvelle aux témoins les plus proches, attitude qui est non conforme à la réalité. En effet, les petits voyants étaient tellement fascinés par la vision de Notre-Dame que leurs yeux ne pouvaient s’en détacher. Jacinthe est toujours restée parfaitement silencieuse et ne s’est jamais adressé aux témoins pendant toutes les apparitions. Juste après l’apparition, le film montre le petit paralysé guéri et marchant. C’est, là encore, non conforme à la réalité : les miracles n’ont commencé que plus tard, bien après les apparitions.
Le film montre ensuite quelques gouttes de sang traversant la robe de la Sainte Vierge à hauteur du cœur alors que dans ses mémoires, sœur Lucie dit qu’ils virent son cœur entouré d’épines devant la paume de sa main droite.
Quelques instants après, pour consoler Lucie qui se désole d’avoir à rester seule, Notre-Dame lui caresse la joue. Dans les faits, ce geste est impossible puisque la Sainte Vierge est toujours restée au-dessus du petit chêne-vert. Ce geste, complètement inventé, édulcore le caractère surnaturel de l’apparition.
Une fois de plus, les paroles de Notre-Dame sont tronquées. En effet, après avoir appris que Lucie resterait sur la terre, Notre-Dame ajoute : « À qui embrassera cette dévotion, je promets le salut. Ces âmes seront chéries de Dieu comme des fleurs placées par moi pour orner son trône. » Puis tout à la fin, après le dernier échange : « Mon Cœur Immaculé sera ton refuge et le chemin qui te conduira jusqu'à Dieu. » Ainsi, tout ce qui concerne les grâces obtenues par la dévotion au Cœur Immaculé de Marie est omis.
Comme pour la précédente apparition, à la fin de l’apparition, le geste de Notre-Dame ouvrant les mains et communiquant un reflet de sa lumière aux trois enfants est également omis.

L’apparition du 13 juillet 1917

Au début de l’apparition, on voit l’administrateur de Villa Nova de Ourem venu assister aux événements. Dans la réalité, aucun élément de l’histoire de Fatima ne permet de dire que l’administrateur était présent parmi les 5 000 témoins.
Notre-Dame dit à Lucie : « Sacrifie-toi pour les pécheurs. » (En toute rigueur, elle adresse cette demande aux trois voyants et non pas uniquement à Lucie). C’est la première fois et la seule de tout le film où il sera question de sacrifice, alors que dans la réalité le mot sacrifice revient deux fois dans les paroles de l’Ange et cinq fois dans celles de la Sainte Vierge.
Puis la Sainte Vierge dit : « Ne te blesse pas avec la corde. » Il y a tout d’abord une erreur dans la chronologie, car ce n’est qu’au cours de la cinquième apparition, le 13 septembre, qu’il sera question de cette corde. De plus, les faits réels sont différents. Ayant constaté que le frottement d’une corde pouvait faire mal, François eut l’idée d’en porter une autour de la taille. Ayant trouvé une corde, il la coupa en trois pour la partager avec ses cousines et tous trois se mirent cette corde autour de la taille. Un peu plus tard, lors de l’apparition du 13 septembre, Notre-Dame leur dit : « Dieu est content de vos sacrifices, mais Il ne veut pas que vous dormiez avec la corde. Portez-la seulement durant le jour. » Le sens des paroles de Notre-Dame est, une fois de plus, bien différent.
La première prière enseignée ensuite par la Sainte Vierge est fidèlement reproduite. C’est la seule occasion du film où il est question de la conversion des pécheurs alors qu’en réalité, l’Ange et la Sainte Vierge en ont chacun parlé deux fois.
La vision de l’enfer est plutôt bien représentée, preuve qu’il est possible de présenter des réalités surnaturelles au cinéma. Mais après la vision, les explications de la Sainte Vierge sont sérieusement tronquées : tout ce qui concerne le signe avant-coureur de la deuxième guerre mondiale, les erreurs de la Russie, la communion réparatrice des premiers samedis du mois, la consécration de la Russie et le triomphe final du Cœur Immaculé de Marie est passé sous silence. À la place nous avons droit à une deuxième vision : une scène de guerre avec le pape marchant au milieu de cadavres puis tué au pied d’une croix par des soldats, conformément au texte diffusé par le Vatican le 26 juin 2000.
Enfin, nouvelle omission significative à la fin de l’apparition : il manque la deuxième prière enseignée par Notre-Dame, celle qu’elle a demandé de réciter après chaque dizaine de chapelet : « Ô mon Jésus, pardonnez-nous nos péchés, … »

Les apparitions d’août et septembre 1917

Marco Pontecorvo a choisi de ne pas représenter la quatrième apparition du 13 août. C’est fort dommage, car c’est la seule apparition dans toute l’histoire de l’humanité qui eut lieu sans voyants. Et les manifestations extérieures observées par les 18 000 témoins furent au moins aussi nombreuses que lors des précédentes apparitions. C’est en outre, une preuve absolue que les petits voyants ne mentaient pas. À la place, nous avons droit à une scène totalement inventée sur la place de Villa nova de Ourem, située à 3 heures de marche de Fatima (!) : les témoins seraient venus manifester en priant devant la maison de l’administrateur pendant qu’il interrogeait les petits voyants. De plus, cet interrogatoire est presque serein alors que, dans la réalité, il fut très rude. Les menaces de tuer les petits voyants s’ils ne révélaient pas le secret, en les plongeant dans un chaudron d’huile bouillante, ne sont pas représentées. Ensuite seule Lucie est mise dans un cachot, alors que les trois enfants y sont allés.

L’apparition de 19 août aux Valinhos n’est pas représentée non plus. Une fois de plus, c’est regrettable, car d’une part la Sainte Vierge y confirma qu’elle ferait un miracle le 13 octobre ; d’autre part, elle y prononça une phrase particulièrement importante : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs. Car beaucoup d'âmes vont en enfer parce qu'elles n'ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. », phrase qui résume tout le message de Fatima.

L’apparition du 13 septembre n’est pas non plus représentée, raison probable pour laquelle Marco Pontecorvo a choisi d’avancer l’épisode de la corde à l’apparition du 13 juillet. C’est, une fois encore, très regrettable, car cette apparition fut une merveilleuse "mariophanie", selon la très heureuse expression du frère Michel de la Sainte Trinité, à cause du nombre de manifestations extérieures que purent observer les 30 000 témoins présents ce jour-là. Outre les signes des précédentes apparitions, il y eut comme un triple encensement du globe lumineux entourant la Sainte Vierge, et une pluie de roses, ce qui fait que les témoins seront plus que deux fois plus nombreux à l’apparition suivante !

L’apparition du 13 octobre 1917

L’ambiance pluvieuse de la dernière apparition est très bien représentée. Mais le fait que les vêtements soient redevenus secs après la danse du soleil n’est pas très explicite. Des exclamations d’un témoin criant à ce moment-là : « Mais je suis tout sec ! » puis en se tournant vers ses voisins : « Et vous aussi », auraient été les bienvenues. La danse du soleil est également bien représentée.

Il y a malgré tout plusieurs omissions. Tout d’abord, dans les paroles de Notre-Dame, il manque la demande de réciter le chapelet tous les jours et la prédiction de la fin prochaine de la guerre pour le Portugal.

La demande concernant les pécheurs de se corriger et de demander pardon est également omise. À la place, nous avons droit à cette phrase : « Je vais les mener à mon fils dans la paix et l’amour. » Outre que cette phrase ne se trouve jamais sous la plume de sœur Lucie, elle marque une fois de plus que la demande de conversion des pécheurs est remplacée par la paix et l’amour.

Enfin, le geste de Notre Dame ouvrant les mains et dirigeant un reflet de sa lumière vers le soleil juste avant le début du miracle, n’est pas non plus représenté.

Conclusion

Si, sur le plan artistique, le film est très réussi, il est bien dommage d’avoir ainsi modifié le scénario. Grâce au très grand nombres de témoins, l’histoire de Fatima est parfaitement connue et a fait l’objet de nombreux livres. Pourquoi ne pas avoir suivi, par exemple, le narratif fait par le chanoine Barthas dans son livre Ils étaient trois petits enfants, ou mieux d’avoir construit le scénario à partir du livre du père de Marchi, Témoignages sur les apparitions de Fatima. Tout est raconté dans le moindre de détail et représente un scénario tout fait. Ces livres, publiés en 1940, se trouvent très facilement.

La plupart des coupures faites sont regrettables. Certes, il n’était pas possible en moins de deux heures de tout raconter. Malgré tout, il aurait été au moins possible de représenter brièvement les apparitions manquantes. Cela aurait conduit à avoir en moyenne une dizaine de minutes entre chaque apparition. Et s’il fallait absolument ne pas rallonger la durée du film, il aurait été possible de raccourcir certaines scènes champêtres parfois longue ou peu en rapport avec l’histoire. Ces scènes sont bien sûr utiles pour bien décrire l’atmosphère dans laquelle eurent lieu les apparitions. Mais il n’était nul besoin d’en avoir autant.

Quant aux modifications apportées aux faits (comme celles de la première apparition de l’Ange ou de la Sainte Vierge arrivant en marchant), elles sont toutes regrettables, car elles édulcorent nettement l’aspect surnaturel des apparitions.

Mais le plus grave est, sans conteste, la suppression d’environ la moitié des paroles prononcées par l’Ange et la Saint Vierge. Cette suppression s’explique difficilement, car la récitation de l’intégralité des paroles de façon posées prend sept minutes. Or le film dure 1 h 45 : rajouter 3 à 4 minutes de dialogue était donc tout à fait possible sans rallonger sa durée outre mesure.
Le plus étonnant est de voir le filtre qui a dû servir au choix des paroles à retenir pour le film. Quasiment tout ce qui concerne le péché, les pécheurs, la nécessité de se convertir a été supprimé, ainsi que tous les détails sur la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Il en résulte un message sensiblement transformé, pour ne pas dire mutilé. C’est particulièrement visible lorsque l’on compare les paroles prononcées dans le film avec celles que sœur Lucie rapporte dans ses mémoires. (Voir annexes 1 et 2)

En conclusion, que reste-t-il ? Un beau film certes, mais qui malgré son titre ne raconte pas fidèlement l’histoire de Fatima, loin s’en faut. Peut-être peut-il contribuer à faire connaître les apparitions de Fatima à ceux qui les connaissent mal ou pas du tout. Mais malgré ses qualités, le film leur donnera une vision édulcorée et déformée du message réellement transmis par l’Ange et Notre-Dame. L’impact du film aurait été beaucoup plus fort et beaucoup plus impressionnant si Marco Pontecorvo avait mieux respecté les faits.

Cette analyse plutôt critique du film nous aura au moins permis de revenir sur les points essentiels du message de Fatima : la nécessité de réciter quotidiennement le chapelet et de faire des sacrifices pour obtenir la conversion des pécheurs, de laquelle découlera la paix pour le monde.

En union de prière dans le Cœur Immaculé de Marie.
Yves de Lassus

ANNEXE 1
Paroles de l’Ange

Surlignage bleu :    paroles de l’Ange
Surlignage jaune :  paroles de Lucie
En gras :                paroles importantes omises.
Sans surlignage :   faits significatifs

Printemps 1916

Printemps 2016

Été 1916

Ete 2016

Automne 1916

Automne 2016

ANNEXE 2
Paroles de la Sainte Vierge

Surlignage bleu :    paroles de l’Ange
Surlignage jaune :  paroles de Lucie
En gras :               paroles importantes omises
En rouge :              paroles inventées
Sans surlignage :   faits significatifs

13 mai 1917 : 1re apparition

13 mai 1917

13 juin 1917 : 2e apparition

13 juin 1917

13 juillet 1917 : 3e apparition

13 juillet 1917 A13 juillet 1917 B

19 août 1917 : 4e apparition (non représentée dans le film)

19 aout 1917

13 septembre 1917 : 5e apparition (non représentée dans le film)

13 septembre 1917

13 octobre 1917 : 6e apparition

13 octobre 1917

                    Inscription consécration                          Inscription rosaire vivantImprimer

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