Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Notre-Dame, le 13 juillet 1917
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Méditation pour le 1er mystère glorieux

Tirée des Méditations sur les mystères de notre sainte foi
du vénérable père Du Pont, s. j.Imprimer

DE L'APPARITION DE NOTRE-SEIGNEUR À MARIE-MADELEINE

Les saintes femmes, après avoir rempli auprès des apôtres le message des anges, retournèrent ensemble au sépulcre. C'est alors que le Sauveur, comme le dit saint Marc, apparut premièrement à Marie-Madeleine, de laquelle il avait chassé sept démons.

I. — Bonté de Jésus envers les pécheurs repentants qui se signalent à son service

1) Considérons comment la charité infinie de Jésus-Christ se plaît à honorer les pécheurs convertis. Il veut que le premier témoin oculaire de sa résurrection soit une femme qui avait été la demeure de sept démons, et des sept péchés capitaux, auxquels ne cessent de nous porter ces malins esprits, ennemis mortels de notre salut. Nous apprenons par-là que, ni le nombre, ni l'énormité des péchés passés ne peuvent nuire à celui qui s'efforce de les réparer par sa ferveur présente.

2) Nous voyons aussi que celui qui se montre le premier au service de Jésus-Christ sera le premier à recevoir les marques de son affection. Si donc nous le servons avec un zèle et une intelligence particulière, nous aurons une part spéciale à ses caresses et à ses bienfaits. C'est ce qui arriva à Marie-Madeleine. Depuis sa pénitence, elle s'était distinguée par son attachement au service et à la personne du Sauveur, et lui avait donné des preuves toutes singulières de son amour. Elle seule lui avait lavé les pieds de ses larmes, les avait parfumés d'une huile odoriférante, les avait essuyés de ses cheveux. Elle s'était tenue assise à ses pieds pour écouter sa parole ; elle l'avait accompagné sur le Calvaire ; elle s'était levée de grand matin pour aller embaumer son corps déposé dans le tombeau, et elle avait montré dans toutes ces circonstances plus d'empressement et d'activité que le reste de ses compagnes. Aussi mérita-t-elle de le voir la première, et de participer aux premières joies de sa résurrection en récompense de sa ferveur, ainsi que nous le verrons dans les points suivants.

II. — Marie-Madeleine et les anges au tombeau

Marie-Madeleine était debout près du sépulcre, fondant en larmes. Pendant qu'elle pleurait, elle se baissa, et regarda dans le sépulcre. Elle vit deux anges vêtus de blanc, assis à l'endroit où le corps de Jésus avait été déposé, l'un à la tête, l'autre aux pieds. Ils lui dirent : Femme, pourquoi pleurez-vous ? Elle leur répondit : Parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur ; et je ne sais où ils l'ont mis.

1) Considérons l'extrême ferveur de Marie-Madeleine dans l'impatience où elle est de voir le corps de Jésus. Ce désir, non exempt de trouble et d'inquiétude, marque, il est vrai, une foi bien affaiblie au mystère de la Résurrection ; cependant il ne laisse pas d'être agréable au Sauveur, parce qu'il procède d'un amour ardent, et que le motif en est saint.

De cette impatience naît l'application qu'elle apporte à chercher le corps de son Bien-Aimé. Elle ne s'assied pas près du tombeau ; elle se tient debout, dans la posture la plus favorable pour chercher aisément. Elle le cherche en effet ; elle s'incline et se relève, elle regarde à plusieurs reprises de tous les côtés, pour voir si elle ne trouvera pas la seconde fois ce qu'elle n'a pas trouvé la première. C'est ainsi que celui qui aime Dieu ne cesse de répéter les mêmes prières, et de réitérer les mêmes diligences pour le trouver.

Les compagnes de Marie-Madeleine quittent le tombeau après avoir entendu les paroles des anges ; elles ne désirent rien de plus. Les apôtres saint Pierre et saint Jean s'en retournent à Jérusalem après avoir vu les linceuls et le suaire, et s'être assurés que le sépulcre est vide. Pour Madeleine, elle demeure seule avec une persévérance que rien ne peut lasser. Elle semble dire : C'est ici que j'ai perdu mon unique bien, c'est ici que je le chercherai ; c'est en ce lieu qu'il faut que je le trouve ou que je meure.

Enfin, elle manifeste l'ardeur excessive de son amour par les larmes qu'elle répand en abondance, et que la vue des anges, resplendissants de lumière, ne peut tarir. Quelle consolation peut trouver dans la vue des créatures une âme dont le seul désir est de contempler le Créateur !

Nous devons imiter Marie-Madeleine en ces quatre points. Comme elle, cherchons Dieu avec une volonté ferme, efficace, persévérante et affectueuse, sans nous arrêter aux consolations vaines et aux douceurs passagères des créatures. Allons droit au Créateur, et n’ayons point de repos que nous ne l’ayons trouvé, et que nous ne puissions répéter ce que le Roi-prophète disait à un autre propos : Je n'entrerai point dans le secret de ma maison ; je n'étendrai point sur ma couche mes membres fatigués ; je ne permettrai pas à mes yeux de dormir, ni à mes paupières de sommeiller, jusqu'à ce que j'aie découvert le lieu où est mon Seigneur, le tabernacle où habite le Dieu d'Israël. C'est là qu’il faut entrer, là qu’il faut fixer sa demeure et qu’il faut vouloir vivre éternellement en sa compagnie. Imitons de même la ferveur de l'Épouse des Cantiques. Elle cherche son Bien-Aimé dans les rues et sur les places de la ville, sans s'inquiéter des gardes qu'elle rencontre, et sans se reposer un moment. C'est de ceux qui cherchent de la sorte que Jésus-Christ a dit : Celui qui cherche, trouve.

2) Considérons pourquoi Marie-Madeleine verse tant de larmes. Elle le déclara elle-même aux anges, lorsqu'elle leur dit : Je pleure parce qu'ils ont enlevé mon Seigneur, et que je ne sais où ils l'ont mis. Elle veut dire : Pensez-vous que je n'aie pas raison de pleurer ? Ils m'ont enlevé mon Seigneur qui était tout mon trésor ; et je ne sais qui l'a enlevé, ni en quel lieu on l'a mis. Auparavant, je pleurais sa mort mais je n'étais pas inconsolable, parce que j'avais son corps. Maintenant que l'on m'a ôté l'unique consolation qui me restait, comment pourrais-je arrêter mes pleurs ?

Remarquons que l'on peut pleurer justement surtout en deux circonstances.

La première, lorsque nos péchés ont banni Dieu de notre cœur, et qu'ils nous ont privés de sa grâce. Les larmes que nous versons alors sont comme celles que Madeleine répandit aux pieds de Jésus, lorsqu'il la délivra de sept démons, et qu'il lui remit toutes ses iniquités.

La seconde, lorsque Dieu s'éloigne de nous sans que nous le sachions, et que son absence nous laisse dans des ténèbres si épaisses et dans une telle sécheresse spirituelle, que nous ne savons ni comment ni où nous devons le chercher. Cette autre sorte de larmes est de la nature de celles que Marie répand aujourd'hui en cherchant son Maître et son Rédempteur. Les unes et les autres sont pour nous des gages assurés que nous retrouverons enfin notre Dieu et Seigneur, si nous persévérons à le chercher avec les sentiments qui animaient le prophète royal, lorsqu'il disait : Mes larmes sont jour et nuit ma nourriture, pendant qu'on me dit sans cesse : Où est ton Dieu ?

III. — Jésus apparaît à Marie-Madeleine sous la forme d'un jardinier

Jésus a compassion de Madeleine et s'empresse de venir sécher ses larmes. Il veut accomplir en elle ce qu'il a dit autrefois : Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. Toutefois, il ne se découvre pleinement que peu à peu, pour son plus grand bien.

1) Il lui apparaît, non en se présentant devant ses yeux, mais en se tenant derrière elle, et en faisant du bruit pour qu'elle se retourne et qu'elle le voie. Elle se retourna, dit saint Jean, et elle vit Jésus debout. Le Sauveur nous apprend par-là de quelle manière il cherche une âme qui, pour parler ainsi, lui tourne les épaules, ne fait aucune attention à sa présence, et, faute de le reconnaître, ne lui rend pas l'honneur qu'elle lui doit. C'est à elle qu'il dit par la bouche d'Isaïe : Vos oreilles entendront sa parole, lorsqu'il criera derrière vous : Voici le chemin, suivez-le. Ces cris sont les inspirations, les touches intérieures par lesquelles Dieu invite ceux qui le fuient à se retourner vers lui, afin que lui-même les regarde, et que, par une tendre compassion, il dise à chacun d'eux : Reviens, reviens, ô Sulamite ; reviens, reviens, afin que nous te contemplions. Il lui dit quatre fois de revenir, pour montrer le désir qu'il a que nous retournions à lui une bonne fois, c'est-à-dire, de tout notre cœur, de toute notre âme, de tout notre esprit, de toutes nos forces, remplissant ainsi les quatre conditions du précepte de l'amour.

2) Le Sauveur se fait voir à Marie-Madeleine, mais sous une forme étrangère, parce que son peu de foi la rend indigne de le voir tel qu'il est. Aussi ne le reconnaît-elle pas. De même, quoique Dieu soit présent partout, et que le Verbe incarné réside véritablement dans nos tabernacles, notre foi affaiblie et presque éteinte nous rend comme insensibles à la présence du Seigneur du ciel et de la terre, qui habite parmi nous. C'est pour cette raison que Jésus-Christ prend aujourd'hui la forme d'un jardinier. Il nous apprend ainsi quel besoin ont les imparfaits d'être cultivés de ses, mains. Leurs âmes sont comme des jardins en friche. Il faut qu'il en arrache les mauvaises herbes, c'est-à-dire les imperfections et les vices, et qu'il y fasse fleurir les vertus.

3) Madeleine s'étant donc tournée vers Jésus-Christ, il lui dit, en contrefaisant sa voix : Femme, pourquoi pleurez-vous ? Qui cherchez-vous ? Sur ces paroles, il faut observer que quand Dieu fait de telles questions en des cas semblables, feignant de ne pas savoir ce qu'il ne peut pas ignorer, c'est de sa part un signe de mécontentement. Il faut qu'il y ait là quelque chose qu'il ne connaît pas en effet par la science que l'on nomme d'approbation.

Ainsi, quand Marie-Madeleine pleurait à ses pieds, et qu'elle les arrosait de ses larmes, Jésus ne lui demanda pas : Pourquoi pleurez-vous ? Qui cherchez-vous ? Parce que les pleurs qu'elle répandait alors venaient d'une profonde connaissance de ses péchés, d'une foi vive et d'un ardent amour pour son divin Maître, qui voyait et approuvait ce qu'elle faisait. Mais aujourd'hui que ses larmes ont leur source dans son manque de foi, et que par suite de son ignorance, elle pleure comme mort celui qui est rendu à la vie, et qu'elle cherche parmi les morts celui qui est ressuscité, il lui dit avec raison : Pourquoi pleurez-vous ? Qui cherchez-vous ? Ce qui signifie : Savez-vous bien pourquoi vous pleurez, et qui vous cherchez ? Sans aucun doute, vous ne le savez pas. Car si vous le saviez, vous n'auriez garde de pleurer comme mort, et de chercher comme absent, celui qui est devant vous.

Le Sauveur nous donne par ces paroles une importante leçon. Il veut que nous examinions attentivement, quand nous pleurons, la cause de notre tristesse et de nos larmes ; il veut que nous nous rendions compte de ce que nous cherchons et de ce que nous nous proposons dans son service : de peur qu'il ne se mêle à nos intentions quelque chose qui soit contraire à sa volonté, ou préjudiciable à notre perfection. Car souvent je m'imagine pleurer mes péchés, tandis que je pleure le dommage temporel qu'ils m'ont causé. Je pense pleurer par un pur désir de quitter la terre et de voir Dieu ; et ce n'est que par l'impatience d'être délivré des peines de cette vie. Il m'arrive encore, quand je crois chercher Dieu et sa seule gloire, de me chercher moi-même, mon honneur, ou mon propre intérêt. Si parfois je cherche le Seigneur avec sincérité, c'est toujours d'une manière lâche et bien imparfaite. Il a donc sujet de me dire : Pourquoi pleures-tu, et qui cherches-tu ?

IV. — Marie-Madeleine répond à Jésus sans le reconnaître

Madeleine, croyant que c'était le jardinier, lui dit : Seigneur, si c'est vous qui l'avez enlevé, dites-moi où vous l'avez mis, et je l'emporterai.

Ces paroles de Marie-Madeleine montrent bien l'ardeur extrême de son amour. Rien ne peut l'empêcher de poursuivre son dessein ; elle trouve des forces dans sa faiblesse, et s'offre à faire ce qui est au-dessus de son pouvoir. Dans ce saint transport, nous voyons tracées au vif les propriétés de l'amour que les auteurs spirituels appellent unitif et violent.

1) L'amour unitif s'empare tellement du cœur et de la langue de celui qui aime, qu'il est tout hors de lui. Il pense continuellement à l'objet de son amour ; il s'imagine que tous y pensent comme lui ; il en parle sans cesse, et il croit que tout le monde entend son langage. De là vient que Madeleine ne dit pas : Si vous avez enlevé le corps de mon Maître ; mais seulement : Si vous l'avez enlevé ; ne doutant point que le jardinier ne dût comprendre sa pensée, et savoir de qui elle parlait : tant elle avait l'esprit occupé de son Bien-aimé. Je reconnaîtrai à ce signe si je suis moi-même comme transporté de l'amour de mon Dieu. Car, c'est la parole du Sauveur : Où est ton trésor, là aussi est ton cœur ; là, par conséquent, ta langue, tes yeux, tes pieds, tes mains, toi-même tout entier : de sorte que tu ne t'appliques qu'à considérer ce trésor, à t'y attacher, à le garder et à l'augmenter.

2) Une autre propriété de l'amour unitif est de produire, en celui qui aime, un entier oubli de soi-même et de tout ce qui le touche. Il s'humilie devant tout le monde, il se soumet à qui que ce soit, sans distinction de personnes, si c'est pour lui un moyen de parvenir à ce qu'il désire. Souvent même, il lui arrive de dire ou de faire des choses qui, au jugement des hommes, sont des folies, mais qui ne sont en réalité que de saints transports et des excès de son amour. C'est ainsi que David, oubliant sa grandeur royale, dansa de toutes ses forces devant l'arche avec ses sujets. Insensible aux reproches de Michol son épouse, il lui répondit avec fermeté : Je m'humilierai, et je m'abaisserai encore davantage devant le Seigneur qui m'a choisi pour gouverner son peuple. C'est ainsi que Madeleine elle-même, embrasée d'amour, alla trouver le Sauveur qui avait été invité par Simon le pharisien, et qu'au milieu du festin, elle se jeta aux pieds de Jésus, sans se mettre en peine de ce que les conviés pourraient dire d'une action si surprenante. Aujourd'hui encore, dans un semblable transport, elle donne le nom de Seigneur à un homme qui a l'extérieur d'un jardinier, pour le gagner et l'engager à lui découvrir où est le corps de celui qu'elle souhaite si ardemment de trouver. Elle lui dit : Si vous l'avez enlevé ; ne prenant pas garde qu'il n'y a aucune apparence qu'un jardinier soit venu enlever ce corps, et le tirer du sépulcre où son maître l'avait mis.

Nous reconnaîtrons à cette seconde marque l'intensité plus ou moins grande de notre charité. Car que ne peut pas l'amour des richesses dans les avares, l'amour des honneurs dans les ambitieux, l'amour des plaisirs dans les hommes sensuels ? Il les fascine, il leur fait oublier leur dignité personnelle, et les porte à des actions que tout homme maître de lui-même condamne comme autant d'extravagances et de bassesses. On les voit en effet s'humilier jusqu'à rendre d'humbles services et témoigner de lâches déférences à des gens de rien, pour contenter leur passion. S'il en est ainsi, faut-il s'étonner qu'une âme, brûlante de l'amour divin, les imite en quelque manière, après avoir été introduite dans le caveau mystérieux des vins de l'Époux ? Sans doute, si celui qui l'a enivrée n'avait soin de régler en elle la charité, elle se laisserait emporter à des excès ; mais tout y est réglé et dans l'ordre. Il peut lui échapper une parole ou une action qui attire le blâme de ceux qui n'aiment pas comme elle ; mais c'est une véritable sagesse aux yeux de ceux qui savent ce que c'est qu'aimer.

3) La dernière propriété de l'amour fervent, c'est d'être fort dans la faiblesse. L'âme qui en est éprise s'offre, pour le, service de son Bien-Aimé, à des entreprises au-dessus de son pouvoir, mettant sa confiance, non en ses propres forces, mais en celles qu'elle attend du ciel. C'est ce qui inspire à Marie-Madeleine ce courage intrépide. Elle est prête à aller chercher le corps de son Maître en quelque endroit qu'il puisse être, sans faire attention que c'est un jour solennel ; que le soleil est déjà levé ; qu'elle n'est qu'une femme faible et délicate ; qu'un corps mort est un fardeau bien pesant ; que d'ailleurs ce corps a été crucifié, et que par conséquent c'est un objet d'abomination pour les Juifs ; enfin, qu'il a été crucifié par sentence du gouverneur, sans la permission duquel Joseph d'Arimathie n'a pas osé l'ensevelir. Tant de difficultés n'étonnent point cette généreuse amante. Elle dit décidément : Je l'emporterai, et j'irai le remettre à sa place.

Animé de ces sentiments, offrons-nous à porter sur nous le corps mort de Jésus-Christ, c'est-à-dire sa mortification. Prenons la résolution de maltraiter notre chair comme il a maltraité la sienne, mettant ainsi en pratique ce que dit l'Apôtre : Nous portons toujours dans notre corps, tantôt d'une manière, tantôt d'une autre, la mortification de Jésus. Et ailleurs : Souvenez-vous que vous avez été racheté bien cher ; glorifiez Dieu, et portez-le dans votre corps.

V. — Jésus se fait connaître à Marie-Madeleine

Jésus, voyant la ferveur, les larmes et les saints désirs de Marie-Madeleine, se fit connaître à elle en l'appelant par son nom. Prenant le ton naturel de sa voix, il lui dit : Marie. Elle le reconnut aussitôt, et lui répondit : Mon Maître.

1) Admirons ici la puissance de Notre-Seigneur, jointe à une douceur extrême. En vérité, il montre bien qu'il est le maître des cœurs, puisque d'un seul mot, Marie, il change celui de Madeleine, il essuie ses larmes, il la remplit d'une indicible joie, il l'éclaire d'une lumière divine, il la guérit de son infidélité, il l'embrase d'un nouveau feu, afin qu'elle aime comme le Dieu vivant celui qu'elle aimait comme un homme mort.

2) Considérons la réponse de Marie-Madeleine. Transportée d'amour, elle s'écrie : Mon Maître ! C'est ainsi qu'elle avait coutume de l'appeler. En parlant tout à l'heure aux anges, elle le nommait par respect son Seigneur ; maintenant qu'elle lui parle à lui-même, elle l'appelle d'un nom qui marque à la fois sa vénération et son amour ; et ce nom est celui de Maître, parce qu'elle avait expérimenté qu'il l'était véritablement, lorsque, prononçant ce seul mot, Marie, il lui avait rempli l'esprit de si vives lumières. C'est pour cela qu'elle se jette à ses pieds, où elle s'était si souvent assise pour écouter sa parole.

3) Enfin Jésus, voyant que Marie, prosternée à ses pieds, voulait les lui baiser, lui dit : Ne me touchez pas, car je ne suis pas encore monté vers mon Père ; mais allez vers mes frères, et dites-leur : Je monte vers mon Père et votre Père ; vers mon Dieu et votre Dieu.

Examinons pourquoi le Sauveur ne permet pas à Marie-Madeleine de le toucher comme elle avait coutume de le faire autrefois. On peut en donner deux raisons.

La première est que la précipitation avec laquelle elle s'est jetée à ses pieds par une ferveur inconsidérée, marque trop de familiarité. Jésus voulut donc lui faire comprendre que désormais elle devait traiter avec plus de révérence celui qui était déjà glorieux, et sur le point de monter au ciel. En général, Dieu désire que, dans nos rapports avec lui, nous ne séparions pas le respect de l'amour.

La seconde est l'imperfection de la foi de Madeleine. Comme, pour l'en punir, il ne s'est pas fait connaître à elle tout d'un coup, mais peu à peu, en lui apparaissant d'abord sous la forme d'un jardinier et en contrefaisant sa voix, puis en lui montrant son visage au naturel et en lui parlant de son ton de voix ordinaire ; de même il ne juge pas convenable de lui faire au même moment toutes les grâces dont il veut la favoriser. Il commence par lui découvrir qui il est, afin qu'elle ait la satisfaction de savoir que c'est Jésus qui lui parle ; puis il attend que sa foi soit plus affermie, pour lui permettre de le toucher. C'est ce que signifient ces paroles : Ne me touchez pas. Elles veulent dire : Vous ne comprenez pas encore la dignité et l'excellence de mon nouvel état, et vous n'êtes pas encore bien persuadée que bientôt je dois retourner à mon Père céleste, et m'asseoir à sa droite sur le trône de sa gloire.

4) Avant de quitter Madeleine, Jésus lui confie pour ses apôtres un message qui est l'expression touchante de son amour. Il ne dédaigne pas de les appeler ses frères, pour leur faire comprendre que la gloire de sa résurrection n'a point changé ses sentiments à leur égard. Il leur témoigne, au contraire, une bienveillance plus particulière, et par le nom affectueux qu'il leur donne, et par chacune des paroles de son message. Je suis ressuscité, leur fait-il dire, et bientôt je monterai vers celui qui est mon Père et votre Père, mon Dieu et votre Dieu : mon Père par la génération éternelle, votre Père par la grâce de l'adoption ; mon Dieu par l'unité d'essence, votre Dieu par l'union de la charité.

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