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13 juillet 1917 : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent, spécialement chaque fois que vous ferez un sacrifice : "Ô Jésus, c’est par amour pour Vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie" ».


La réparation des outrages envers la Sainte Vierge


Le 13 juillet, après avoir rappelé différentes choses aux petits voyants, Notre-Dame leur dit : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent, spécialement chaque fois que vous ferez un sacrifice : "Ô Jésus, c’est par amour pour Vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie" ».

Notre-Dame reprend ainsi une demande déjà exprimée l’année précédente par l’Ange qui avait expliqué comment faire des sacrifices. Elle confirme la nécessité de se sacrifier pour les pécheurs et apprend pour cela une prière aux petits voyants. Et dans cette prière, elle révèle un point très important : elle précise l’esprit dans lequel offrir ces sacrifices.

Il faut en premier lieu, les faire par amour pour Jésus. Dieu est offensé par nos péchés. Pour cela nous devons compenser nos manques d’amour par des sacrifices offerts par amour. François l’avait parfaitement compris et n’avait qu’un désir : « consoler Notre-Seigneur ».
Ensuite, il faut offrir des sacrifices pour la conversion des pécheurs, but essentiel des apparitions de Fatima.
Enfin, la Sainte Vierge ajoute une nouvelle intention : les péchés commis contre son Cœur Immaculé. Car comme Jésus, elle est offensée par les péchés des hommes.
Et notons bien l’ordre des différentes intentions : en premier Notre-Seigneur, ce qui est normal puisqu’Il est le créateur et l’auteur de toute chose ; ensuite la conversion des pécheurs, car il y a urgence ; enfin, les outrages envers le Cœur Immaculé de Marie. Quel merveilleux équilibre dans cet ordre !

Très vite, Jacinthe eut l’audace d’y ajouter une quatrième intention : le Saint-Père. Voici deux épisodes rapportés par Lucie dans son premier mémoire.

Deux prêtres vinrent nous interroger et nous recommandèrent de prier pour le Saint-Père. Jacinthe demanda qui était le Saint-Père. Ces bons prêtres nous expliquèrent qui il était, et combien il avait besoin de prières. Jacinthe ressentit tant d’amour envers le Saint-Père que, chaque fois qu’elle offrait ses sacrifices à Jésus, elle ajoutait : « – Et pour le Saint-Père. »

(…) Quelque temps après, alors que nous étions en prison, ce qui coûtait le plus à Jacinthe, c’était l’abandon de ses parents. Elle disait, les larmes aux yeux : « – Ni tes parents, ni les miens ne sont venus nous voir. Ils ne se soucient plus de nous ! » « – Ne pleure pas, lui disait François. Nous offrons cela à Jésus pour les pécheurs. »
Et levant les yeux et les mains au ciel, il fit cette offrande : « – Ô mon Jésus, c’est pour votre amour et pour la conversion des pécheurs. » Jacinthe ajouta : « – C’est aussi pour le Saint-Père, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie. »

L’esprit de sacrifice

Pour bien comprendre la demande de Notre-Dame, il n’est sans doute pas inutile de rappeler la différence entre sacrifice et pénitence.

La pénitence, au sens de l’Évangile et de la théologie, est un acte de justice par lequel le pécheur se rappelant avec douleur et confusion qu’il a offensé Dieu, s’efforce de réparer cet outrage et de reconquérir la grâce divine. « Si vous ne faites pas pénitence, disait Notre-Seigneur, vous périrez tous ». La pénitence est donc un effort ou une privation que l’on s’impose pour réparer nos fautes personnelles ou gagner une grâce pour soi-même. Le pénitent est celui qui rachète ses fautes. À l’issue de la confession, le prêtre nous donne une pénitence qui aura la vertu de racheter une partie de la peine restant à purger après l’absolution.

Le sacrifice, quant à lui, est de l’ordre de la charité. Il est fait pour son prochain. Il est donc plus désintéressé, plus empreint d’amour. On peut se l’imposer, mais il est aussi très fréquent qu’il ne soit que l’acceptation avec joie d’un devoir pénible. Saint Louis de Gonzague disait : « Les mortifications qui viennent des saisons, de la température sont d’autant plus méritoires, acceptées courageusement, qu’elles sont moins de notre choix ». Ainsi, Notre-Seigneur n’est pas mort sur la croix par pénitence : c’est un sacrifice demandé par son Père et pleinement accepté pour la réparation de nos péchés.

Certes, il ne faut pas marquer outre mesure la différence entre les deux, car dans le langage courant, il est assez fréquent d’utiliser l’un pour l’autre. Mais, il est nécessaire d’en souligner la différence afin de bien comprendre la demande de Notre-Dame. En demandant des sacrifices, elle veut que nous nous préoccupions davantage du salut de notre prochain. Certes, il ne faut pas oublier le nôtre. C’est probablement pour cela que Lucie répondit un jour au chanoine Formigâo que Notre-Dame voulait que le peuple fasse pénitence. Car notre conversion personnelle demande que nous fassions pénitence en expiation pour nos péchés. Mais, beaucoup malheureusement ne se préoccupent pas de leur salut et risquent d’aller en enfer. Pour éviter cela, il est nécessaire que d’autres prient pour eux et fassent des sacrifices pour leur conversion. Voilà l’essence du message de Fatima.

L’esprit de réparation

Ensuite, Notre-Dame a ajouté une intention : réparer les péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie. C’est la première fois que le Ciel indique cette nécessité. Notre-Dame la confirmera quelques instants après, en disant : « Je viendrai demander (…) la communion réparatrice des premiers samedis du mois ». La communion du premier samedi du mois doit effectivement être faite dans l’esprit de réparer les péchés commis envers au Cœur Immaculé de Marie.

Sur ce point particulier, certains ont émis des réserves. Selon eux, l’esprit devant animer la dévotion envers la Sainte Vierges serait non pas un esprit de réparation, mais plutôt une attitude de confiance dans l'amour du cœur de notre Mère du Ciel et surtout de celui de son divin fils. Pour d’autres, la réparation impliquerait un effort pour réparer nos fautes ou celles des autres et sous-tendrait une idée de justice alors que les relations avec Notre-Dame devraient au contraire être pleines d’un esprit d’amour et de miséricorde.

Ces remarques ne sont pas fausses en soi. Car, effectivement, la confiance en l’amour de Notre-Dame et l’immense Miséricorde de Notre-Seigneur doivent être aussi à la source de nos prières. Cependant, dans la prière enseignée le 13 juillet 1917, Notre-Dame dit bien : « Ô Jésus, c’est par amour pour Vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie. » Certes, notre amour pour Notre-Seigneur et Notre-Dame doit être premier et inspirer toutes nos dévotions. Toutefois, il n’est pas possible d’écarter l’esprit de réparation de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie.

De plus, le terme "réparation" a été employé aussi bien par l'Ange que par Notre-Dame. À l’été 1916, l’Ange demanda : « De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. »
Dans la prière qu’il enseigna aux petits bergers au cours de l’apparition de l’automne 1916, il est demandé : « Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je Vous adore profondément et je Vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Jésus-Christ présent dans tous les tabernacles de la terre, en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences par lesquels Il est Lui-même offensé. »

De son côté, le 13 mai 1917, Notre-Dame leur avait déjà demandé : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs ? » Notons que Notre-Dame utilisa exactement la même expression que l’Ange l’année précédente : offrir des sacrifices « en acte de réparation pour les péchés par lesquels Jésus est offensé ». Par contre le 13 juillet, elle demanda des sacrifices « pour la conversion des pécheurs et en réparation des péchés commis contre son Cœur Immaculé ».

Par la suite, l’Enfant-Jésus et Notre-Dame parleront surtout de la réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie. Le 10 décembre 1925, à Pontevedra, l’Enfant-Jésus dit à sœur Lucie : « Aie compassion du Cœur de ta Très Sainte Mère, entouré des épines que les hommes ingrats lui enfoncent à tout moment, sans qu’il y ait personne pour faire un acte de réparation afin de les en retirer. »
Puis la Sainte Vierge lui dit : « Vois, ma fille, mon Cœur entouré d’épines que les hommes ingrats m’enfoncent à chaque instant, par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes. Toi, du moins, tâche de me consoler et dis que tous ceux qui, pendant cinq mois, le premier samedi, se confesseront, recevront la sainte Communion, réciteront un chapelet et me tiendront compagnie pendant quinze minutes, en méditant sur les quinze mystères du Rosaire en esprit de réparation, je promets de les assister à l’heure de la mort, avec toutes les grâces nécessaires pour le salut de leur âme ».

Peu après, le 15 février 1926, l'Enfant-Jésus lui dit à nouveau : « Les âmes qui font les cinq premiers samedis avec ferveur et dans le but de faire réparation au Cœur de ta Mère du Ciel me plaisent davantage que celles qui en font quinze, tièdes et indifférents. » Puis concernant la confession : « Que, dans cette confession antérieure, elles aient l’intention de faire ainsi réparation au Sacré Cœur de Marie. »

Enfin, le 13 juin 1929, Notre-Dame reviendra sur le sujet : « Elles sont tellement nombreuses les âmes que la justice de Dieu condamne pour des péchés commis contre moi, que je viens demander réparation. Sacrifie-toi à cette intention et prie. »

Et il n’y a pas qu’à Fatima que cet esprit de réparation sera demandé par le Ciel. En effet, à la même époque, à Poitiers, Notre-Seigneur donnait un enseignement analogue à sœur Josepha Ménendez. Voici par exemple ce qu’Il lui dit le 25 février 1922 : « Les pécheurs excitent la Colère divine. Mais les âmes qui M’aiment, s’immolent et se consument comme victimes de réparation, attirent la Miséricorde de Dieu, et voilà ce qui sauve le monde. » (Tiré de Un appel à l’amour)

Il est donc clair que Notre-Seigneur et Notre-Dame nous demandent de réparer pour les péchés commis envers les Cœurs de Jésus et Marie. Et, nous dit Notre-Seigneur, si nous faisons ces actes de réparation, « nous sauverons le monde » !
Cet esprit de réparation n'est d’ailleurs nullement incompatible avec un échange d'amour, bien au contraire. Essayons de l’illustrer par un exemple. Imaginons qu’une personne que nous aimons beaucoup ait perdu une chose à laquelle elle tenait particulièrement. Pour la consoler, nous allons l’entourer de toute notre affection. Mais ne sera-t-elle pas encore plus touchée si, en plus, nous lui offrons quelque chose pour remplacer, au moins partiellement, ce qu’elle a perdu ? Certes, la compensation ne sera probablement pas totale, mais, en plus de limiter la perte subie, elle aura le mérite de marquer notre affection par un acte concret. Ainsi, la réparation n’est pas seulement un acte de justice qui répare un préjudice : elle est aussi un moyen de prouver de façon concrète l’amour que nous portons aux personnes dans l’affliction. Pourquoi n'en serait-il pas de même avec Notre-Dame ?

Alors, quand nous offrons un des sacrifices de notre vie quotidienne, pensons à l’offrir non seulement par amour pour Jésus et pour la conversion des pécheurs, mais aussi pour réparer les offenses faites envers le Cœur Immaculé de Marie « entouré d’épines que les hommes ingrats enfoncent à chaque instant, par leurs blasphèmes et leurs ingratitudes ».

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