Dieu veut établir dans le monde la dévotion à mon Cœur Immaculé. Notre-Dame, le 13 juillet 1917
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Méditation pour le 2e mystère glorieux

Tirée des Méditations sur les mystères de notre sainte foi
du vénérable père Du Pont, s. j.

L’ENTRÉE TRIOMPHALE
DE NOTRE-SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST DANS LE CIEL
ET COMMENT IL EST ASSIS A LA DROITE DE SON PÈRE


I. — Jésus entre dans le ciel.

Considérons l'entrée de Notre-Seigneur dans le royaume de son Père. Remarquons principalement quels sont ceux qui l'accompagnent, quelle est l'allégresse, quels sont les cantiques des justes et des anges dans cette glorieuse journée.

1) Ceux qui l'accompagnent sont toutes les âmes qu'il a retirées des Limbes, dont quelques-unes sont réunies à leurs corps, s'il est vrai que ceux qui ressuscitèrent avec lui ne moururent point une seconde fois. On voit ici l'accomplissement de cette parole du Roi-prophète : En montant en haut, il a mené la captivité captive. C'est-à-dire : il a mené après lui les âmes qui étaient auparavant prisonnières dans les Limbes ; il les a réduites dans une heureuse captivité, en les attachant pour jamais à sa personne par les chaînes de l'amour ; il a fait de leur esclavage leur béatitude, puisqu’en vérité il n'est pas moins doux et moins glorieux d'être son captif, que dur et honteux d'être esclave du démon. Oh ! que ces illustres prisonniers avaient le cœur rempli d'allégresse ! qu'ils s'estimaient heureux de pouvoir suivre leur libérateur ! avec quelle ardeur ils désiraient de se voir assis sur les trônes qui leur étaient préparés, et où ils devaient jouir d'une liberté parfaite ! Ils comparaient l'étroite et obscure prison de laquelle ils étaient sortis, avec le palais resplendissant et immense dont on leur ouvrait les portes ; et, surpris de la beauté d'un si délicieux séjour, ils s'écriaient : Dieu des armées, que vos tabernacles sont aimables ! Mon âme est ravie et hors d'elle-même en contemplant la maison du Seigneur.

2) C'est alors qu'ils entendirent cette musique céleste dont parle le Prophète royal, lorsqu'il dit : Le Seigneur est monté au bruit des acclamations et des cantiques de joie, il s'est élevé au son des trompettes. Oh ! avec quels transports ces âmes fortunées bénirent leur Rédempteur ! quelles louanges elles chantèrent en son honneur ! et que leurs cœurs, unis par la reconnaissance, exécutèrent un concert autrement harmonieux que celui des clairons et des trompettes. Elles exaltaient à l'envi les miséricordes du Seigneur. Chantez, se disaient-elles les unes aux autres, chantez à la gloire de notre Dieu, chantez à la gloire de notre Roi qui règne sur toute la terre, et qui est assis sur son trône saint. Puis elles ajoutaient : Chantez au Seigneur qui est monté au plus haut des cieux vers l'orient, et qui habite une lumière inaccessible, d'où il éclaire des splendeurs de sa gloire tous ses élus.

3) Ce chœur d'âmes justes était soutenu par un autre d'esprits bienheureux qui accompagnaient aussi le Sauveur, et formaient le char magnifique sur lequel il était porté. Le char du Seigneur, dit le Psalmiste, est composé d'anges sans nombre ; des millions témoignent leur joie en exaltant sa puissance et en chantant ses grandeurs. Prêtons l'oreille à leurs célestes cantiques. Les uns disent : Princes du ciel, ouvrez vos portes ; portes éternelles, ouvrez-vous, et le Roi de gloire entrera. Les autres, remplis d'une vive admiration, répondent : Quel est ce Roi de gloire qui veut entrer par nos portes ? Les premiers reprennent : C'est le Seigneur, le Dieu des armées ; c'est lui qui est le Roi de gloire. D'autres encore demandent dans un transport d'allégresse : Quel est celui qui vient d'Édom et de Bosra avec des vêtements teints de sang ? Il est beau dans sa parure, et il s'avance avec une majesté sans égale. C'est-à-dire : Qui est celui qui s'élève de la terre, qui sort des combats, couvert de sang et de blessures, mais d'un éclat merveilleux, et avec de nobles marques de sa valeur et de sa puissance ? Et il réplique lui-même : C'est moi, dont la parole est la parole de la justice, et qui suis venu pour combattre et pour sauver. J'ai exercé la justice dans le monde ; j'ai payé les dettes des hommes ; j'ai combattu contre l'enfer pour leur salut. Maintenant, je me fais justice à moi-même et à ceux que j'ai sauvés, en montant au ciel et en les conduisant avec moi dans mon royaume. À ces mots, tous s'écrient d'une voix : L'Agneau qui a été immolé est digne de recevoir la puissance, la divinité, la sagesse, la force, l'honneur, la gloire, mille bénédictions et mille louanges dans les siècles des siècles.

Ô Sauveur du monde, je me réjouis de vous voir triompher avec tant de gloire et de justice. Montez, Seigneur, au lieu de votre repos, vous et l'arche de votre sanctifications. Reposez-vous après vos travaux. Montez au plus haut des cieux ; volez sur les ailes des vents, sur les ailes des chérubins. Que toutes les créatures soient sous vos pieds : aucune ne vous égale dans vos perfections. Permettez-moi de me joindre aux esprits bienheureux, d'unir mes chants à leurs chants, de vous louer et de vous bénir avec eux, en répétant leur éternel cantique : Saint, saint, saint est le Seigneur, le Dieu tout-puissant, qui était, qui est, et qui doit venir. Aujourd'hui les cieux, témoins de votre entrée triomphale, sont remplis de votre gloire.

4) Mais arrêtons-nous particulièrement à méditer la joie que ressent notre Sauveur en ce jour. Car il peut aussi se dire à lui-même qu'il est monté au ciel dans des transports d'allégresse. Son âme est ravie en voyant l'issue glorieuse de ses travaux. Ce bon Pasteur a retrouvé sa brebis perdue ; il la mène au ciel d'où il était descendu pour la chercher, et il invite tous les esprits célestes à l'en féliciter et à s'en réjouir avec lui.

Ô divin Pasteur, qui avez cherché avec tant de peine et qui avez enfin trouvé la brebis égarée qu'était le genre humain, je me réjouis de ce que vous la portez vous-même au-dessus des astres, au bruit des acclamations et des applaudissements des anges. Que le ciel et la terre vous félicitent de votre gloire ; faites que je contribue et que je participe moi-même à votre triomphe ; cherchez-moi dans le désert de ce monde, attirez-moi à vous, et après m'avoir ramené au bercail sur la terre, conduisez-moi avec vous dans les fertiles pâturages de la bienheureuse éternité.

II. — Jésus s'assied à la droite de son Père.

1) Le Sauveur ayant traversé les airs et pénétré, comme dit saint Paul, jusqu'au plus haut des cieux, présenta à son Père céleste cette glorieuse troupe de captifs qu'il avait retirés des Limbes. Il voulut, pour ainsi parler, lui rendre compte de ce qu'il avait fait dans le monde pour son service ; et il n'eut qu'à répéter à cet effet les paroles que nous lisons à la fin de son discours après la Cène. Mon Père, dit-il, j'ai manifesté votre nom aux hommes ; je vous ai glorifié sur la terre ; j'ai achevé l'œuvre que vous m'aviez donné à faire : et maintenant, glorifiez-moi en vous-même de cette gloire que j'ai possédée en vous avant que le monde fût tiré du néant. Oh ! que le Père éternel agréa volontiers des mains de son Fils une offrande d'un si grand prix ! Il le reçut lui-même avec une joie ineffable, et le fit aussitôt asseoir à sa droite, accomplissant cette prophétie de David : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite. Il le fait asseoir, pour signifier par cette attitude la stabilité de son règne et la dignité de sa personne ; il le fait asseoir à sa droite, pour marquer qu'il lui communique les plus riches trésors de sa gloire, qu'il l'élève au-dessus des anges et des archanges, au-dessus des puissances et des dominations, au-dessus des chérubins et des séraphins, comme leur chef et leur souverain. Car auquel des anges a-t-il jamais dit : Asseyez-vous à ma droite ? Au contraire, il les soumet tous à l'empire de cet Homme-Dieu, dont ils sont les serviteurs et les ministres.

2) Ici, reconnaissons avec quelle libéralité le Père éternel récompense les services que son Fils lui a rendus. Il élève au-dessus de tous celui qui s'est humilié plus que personne ; il change sa croix en un trône, sa couronne d'épines en une couronne de lumière, les opprobres de sa Passion et les blasphèmes des Juifs en des applaudissements et des louanges, la compagnie de deux larrons en celle de toutes les hiérarchies célestes ; et parce qu'il est descendu au plus profond de la terre, il monte au plus haut des cieux. En un mot, Dieu lui donne un nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue confesse que le Seigneur Jésus est dans la gloire de son Père. - Apprends donc, ô mon âme, à t'humilier pour ton Sauveur, dans l'espérance d'être relevée un jour avec lui ; et ne doute pas que Dieu ne se montre aussi fidèle à récompenser ses enfants adoptifs qu'il l'a été à glorifier celui qui est par nature son Fils unique. Il le sera certainement, en considération de ce Fils qu'il aime comme lui-même, et dont la gloire est le principe de la nôtre. Car, lorsque nous étions morts par nos péchés, Dieu, dit saint Paul, qui est riche en miséricorde, poussé par l'amour extrême dont il nous a aimés, nous a vivifiés en Jésus-Christ, par la grâce duquel nous sommes sauvés ; il nous a ressuscités avec lui, et il nous fera asseoir dans le ciel avec Jésus-Christ.

3) Ces réflexions nous aideront à exciter en nous de vifs sentiments de confiance en Dieu, et d'espérance de monter au ciel avec notre Sauveur. En effet, que ne devons-nous pas espérer de la miséricorde du Père et des mérites du Fils ? Prenons surtout la ferme résolution de ne chercher que Jésus-Christ et de ne désirer que l'accomplissement de sa volonté. Ayons toujours présentes à la mémoire ces paroles de l'Apôtre : Recherchez uniquement les choses d'en haut, où Jésus-Christ est assis à la droite de son Père.

Ô très doux Jésus, si le cœur de l'homme est là où se trouve son trésor, mon cœur est nécessairement où vous êtes, car vous seul êtes mon trésor, et je n'estime rien que vous. Ô mon âme, pense que tu es étrangère en ce monde, et que ton Père et ton Sauveur règne dans le ciel. Hâte-toi d'aller où il est. Les portes du Paradis, fermées pendant tant de siècles, sont enfin ouvertes. Réjouis-toi d'une si heureuse nouvelle. Cours avec la rapidité du cerf, vole aussi haut que l'aigle, monte jusqu'au trône de ton Seigneur. Prosterne-toi à ses pieds, et crois fermement que si tu demeures en esprit auprès de lui, tu jouiras un jour de sa divine présence, réunie à ton corps sorti du tombeau, durant les siècles.

III. — Jésus glorifié exerce deux emplois.

1) Considérons que le Fils de Dieu, aussitôt qu'il eut pris possession de sa gloire, commença à exercer l'office de rémunérateur. C'est lui qui assigne des trônes aux âmes saintes qu'il a introduites dans le bienheureux séjour. Il place les unes parmi les anges, les autres parmi les archanges et les principautés, d'autres encore parmi les chérubins et les séraphins, conformément à leurs mérites. Ici, nous pouvons nous figurer quelle place il donne aux patriarches et aux prophètes, au glorieux saint Joseph, au grand saint Jean-Baptiste, et à ceux qui sont montés en corps et en âme avec lui dans le ciel. Oh ! quelle langue pourrait exprimer la joie que tous ressentent de se voir en si glorieuse compagnie, élevés sur des trônes si magnifiques ! Les anges se disent en bénissant le Seigneur : Les places que Lucifer et les partisans de sa révolte ont perdues par leur orgueil commencent à se remplir ; les hommes comblent les vides de la sainte cité. Oh ! avec quelle fidélité Dieu accomplit la promesse qu'il a faite à Isaïe son serviteur en parlant de son Fils : Parce qu'il est livré à la mort, et qu'il a été mis au nombre des scélérats, parce qu'il s'est chargé des péchés d'une multitude criminelle, et qu'il a prié pour les violateurs de la loi, je lui donnerai en partage un peuple nombreux, et il distribuera lui-même les dépouilles des forts !

Je me réjouis, ô mon Sauveur, de ce que vous distribuez vous-même les trésors de votre gloire à ceux qui ont fait un bon usage de vos grâces. Accordez-moi de vous servir avec tant de constance et de générosité, que je mérite d'avoir part à la distribution des dépouilles dont vous enrichissez vos élus.

2) Un autre emploi que le Sauveur s'empresse d'exercer dès qu'il est dans le ciel, est celui d'avocat des hommes qu'il a laissés sur la terre. Comment remplit-il ce second office ? En montrant à son Père les blessures qu'il a reçues pour obéir à ses ordres et pour nous sauver. Or, ce que Jésus a commencé aussitôt, après son entrée dans la gloire, il le continue, et il le continuera jusqu'à la fin des temps : vérité qui doit nous inspirer les plus légitimes sentiments de confiance et d'amour. Rappelons-nous ce motif d'encouragement proposé par l'Apôtre aux Hébreux : Ayant pour grand-prêtre Jésus, Fils de Dieu, demeurons termes dans la foi dont nous faisons profession. Ne rougissons pas de confesser ce que nous croyons ; efforçons-nous d'obtenir ce que nous espérons. S'il nous arrive par malheur de tomber en quelque faute, alors surtout nous nous souviendrons de ces paroles si consolantes du disciple bien-aimé : Mes petits enfants, je vous écris ces choses afin que vous ne péchiez point. Si néanmoins quelqu’un pèche, nous avons pour avocat auprès du Père Jésus-Christ le juste, qui s'est fait victime de propitiation pour nos péchés ; et non seulement pour les nôtres, mais encore pour ceux de tout le monde. Comme donc il est infiniment saint, et que la rédemption dont il est l'auteur a été abondante, nous avons l'assurance qu'il ne cessera point de plaider en notre faveur qu'il ne nous ait obtenu et appliqué le pardon qu'il nous a mérité par l'effusion de tout son sang. Il nous a ouvert les portes du ciel, il ne nous les fermera point ; mais il nous fera la grâce de participer à la perpétuité de son royaume pour la gloire de son Père, avec lequel il vit et règne dans tous les siècles. Ainsi soit-il.

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