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5e mystère joyeux

Le recouvrement de Jésus au temple

 Tirée des Méditations sur les mystères de notre sainte foi
du vénérable père Du Pont, s. j.

 

DE CE QUE FIT LA SAINTE VIERGE
DEPUIS QU’ELLE S’APERÇUT
DE L’ABSENCE DE SON DIVIN FILS
JUSQU’À CE QU’ELLE L’EUT RETROUVÉ

  

I. — L’absence de Jésus

Joseph et Marie, étant sortis de Jérusalem, s’en retournaient à Nazareth en compagnie de plusieurs de leurs concitoyens. Comme les hommes et les femmes marchaient séparément, Joseph croyait que l’Enfant était avec sa Mère, et la Vierge pensait qu’il était avec son saint époux. Ils firent ainsi une journée de chemin, et arrivés le soir à l’hôtellerie, ils ne trouvèrent point Jésus. Ils se mirent aussitôt à le chercher parmi leurs parents et ceux de leur connaissance, mais en vain.

1) Remarquons ici la mystérieuse conduite du Seigneur à l’égard de deux personnes d’une si haute sainteté. Il les afflige sans qu’elles soient coupables de la moindre faute, à l’occasion d’une bonne œuvre qu’elles viennent de faire pour l’honorer, et du côté qui leur est le plus sensible, c’est-à-dire, par la disparition subite d’un enfant qu’elles aiment uniquement. Il veut par-là les exercer à la pratique de la patience, de l’humilité, d’une diligence pleine de ferveur, et de plusieurs autres vertus qui brillèrent en cette circonstance dans la Vierge et dans saint Joseph, et dont l’imitation nous est tous les jours si nécessaire.
Ils montrent leur patience. Ils ne se troublent point et ne perdent pas la paix de l’âme. Loin de se plaindre de la conduite rigoureuse en apparence de Jésus, ils supportent cette séparation cruelle avec un esprit égal et entièrement soumis aux ordres de la Providence.
Ils font paraître leur humilité. Ils craignent sans sujet de s’être rendus coupables de quelque négligence. Ils appréhendent que l’Enfant-Jésus, peu satisfait de leurs soins, ne les ait abandonnés pour embrasser un nouveau genre de vie ; et pénétrés du sentiment de leur indignité, ils confessent qu’ils ne méritaient point de veiller plus longtemps sur sa personne.
Leur diligence ne saurait être plus grande. À peine s’aperçoivent-ils de son absence, qu’ils se mettent à le chercher avec toute la sollicitude et tout l’empressement possible, l’amour d’un côté et de l’autre la considération de leur devoir ne leur laissent aucun repos. Mais, parce qu’ils le cherchent parmi leurs parents et ceux de leur connaissance, ils ne le trouvent point. En effet, si Jésus n’eût désiré autre chose que la compagnie de ses proches, où pouvait-il être mieux qu’auprès de sa Mère ?
À l’exercice de ces trois vertus, ils ajoutent une longue et fervente prière. Oh ! Quelle langue pourrait exprimer l’affliction dans laquelle la plus aimante des mères passa cette triste nuit, et combien de fois elle soupira après son bien-aimé Jésus ! Tantôt elle gémit dans sa solitude, comme une colombe à qui on a ravi ses petits ; tantôt elle conjure le Père éternel de ne pas lui ôter si tôt le soin de son adorable Fils ; tantôt elle le prie de veiller sur lui, quelque part qu’il soit ; tantôt elle le presse de le lui rendre et de ne pas l’en priver plus longtemps.

Ô souveraine du Ciel et de la terre, vous voici exposée sur une mer en fureur, et la prière est votre unique recours au milieu de la tempête. La perte de celui qui est votre trésor vous plonge dans un océan d’amertume ; la tristesse a inondé votre âme, et les pensées diverses dont vous êtes agitée sont comme autant de flots qui menacent de vous engloutir. Les ténèbres arrêtent vos pas ; elles ne vous permettent point de poursuivre l’objet de votre tendresse, dont l’éloignement est pour vous un indicible martyre. Vous êtes sans espoir du côté de la terre ; aussi levez-vous les yeux vers le ciel, d’où vous attendez le secours. Votre espérance ne sera pas vaine ; car le Pilote céleste, qui est votre Père, ne délaisse pas ceux qu’Il aime ; Il n’abandonne pas pour toujours ceux qui espèrent en Lui.

2) Après avoir médité ce fait évangélique en lui-même et dans ses causes, élevons plus haut nos pensées et efforçons-nous de pénétrer le sens spirituel qu’il renferme. Il arrive souvent que Dieu se cache aux hommes et s’éloigne d’eux sans qu’ils s’en aperçoivent, selon cette parole de Job : « S’il vient à moi, je ne le verrai point ; et s’il s’en va, je ne m’en apercevrai point ; et si je suis juste, mon cœur ne le saura pas. » Cette ignorance dure ordinairement pendant tout le jour, jusqu’à ce que la nuit vienne nous ouvrir les yeux, comme il arriva dans la circonstance présente à la très sainte Vierge et à saint Joseph. Ces mystérieuses absences du Seigneur ont plusieurs causes.
La première est le péché mortel commis avec ignorance coupable, ou par illusion du démon, sous une apparence de bien. Alors Dieu se retire sans que l’homme s’en aperçoive ; et l’ignorance du pécheur dure parfois tout le jour, c’est-à-dire tout le temps de cette vie, jusqu’à ce que la nuit de la mort le surprenne séparé de Dieu. C’est ce qui a fait dire au Sage : « Il y a une voie qui paraît droite à l’homme, et qui aboutit à la mort. » Cet éloignement de Dieu est épouvantable, parce qu’il est le prélude de la séparation qui n’aura point de fin. Supplions le Seigneur de ne pas s’éloigner ainsi de nous, et disons-Lui avec le Psalmiste : « Purifiez-moi, mon Dieu, de mes fautes cachées ; oubliez celles que l’ignorance m’a fait commettre. »

La seconde est une vaine gloire et un orgueil secret. Ce vice consume peu à peu la substance de la dévotion et finit par priver l’âme de la présence favorable de son Seigneur. Cette âme ne reconnaît point sa perte durant le jour, au temps de la prospérité, par la raison que l’amour-propre lui fait trouver un certain goût dans l’exercice des bonnes œuvres. Mais la nuit de l’adversité et de l’humilité survient ; elle voit alors qu’elle est éloignée de Dieu et vide de toute vertu solide ce qui la jette dans l’abattement et dans le trouble.

La troisième cause est une disposition secrète de la Providence qui nous soustrait la dévotion sensible pour nous fournir l’occasion de nous exercer dans l’humilité. Il est même remarquable que souvent nous éprouvons ces sécheresses dans les jours les plus solennels, où nous nous adonnons davantage aux œuvres extérieures de la piété. Nous n’y prenons pas toujours garde dans l’ardeur de l’action ; mais nous ne le sentons que trop quand nous voulons nous appliquer au recueillement intérieur. Le plus sûr pour nous est de regarder cet éloignement de Dieu comme un châtiment de notre tiédeur et de nos négligences, ne nous fussent-elles pas connues, et de dire avec David : « J’ai péché, Seigneur, avant de tomber dans l’humiliation, et c’est justement que vous m’avez humilié : mes infidélités dans votre service m’ont attiré cette confusion. » Mais, après tout, que nous soyons innocents ou coupables, nous devons nous persuader que Dieu ne nous prive de la grâce de la dévotion et de ses visites célestes que pour notre plus grand bien, selon cette autre parole du même prophète : « Il m’est avantageux que vous m’ayez humilié, afin que j’apprenne à connaître vos jugements. »

Dans toutes ces circonstances, nous devons faire des actes réitérés des quatre vertus dont Marie et Joseph nous ont donné l’exemple, et, comme eux, nous affermir dans l’humilité, nous armer de patience, chercher Dieu avec diligence, et Le prier instamment, de nous montrer de nouveau son divin visage ; car il est écrit : « Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez. »

Ô mon doux Jésus, puisque Vous m’assurez que quiconque cherche trouvera, inspirez-moi un si vif désir de Vous voir, que j’aie le bonheur d’obtenir cette grâce ; et aidez-moi à Vous chercher avec tant de soin, que je Vous trouve et Vous possède dans tous les siècles. Ainsi soit-il.

II. — Joseph et Marie cherchent et trouvent Jésus.

Le lendemain, Joseph et Marie partirent de grand matin et retournèrent à Jérusalem pour chercher l’enfant Jésus. Et, trois jours après l’avoir perdu, ils entrèrent dans le temple où ils le trouvèrent assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant, ce qui les remplit d’admiration.
Considérerons attentivement, sur ce point, le temps et le lieu où la Vierge retrouva Jésus, dans quelle compagnie Il était, ce qu’Il y faisait et quelle joie éprouva cette mère affligée en Le revoyant. Cherchons le sens caché de tout ceci.

1) Pour ce qui est du temps, Marie retrouva son Fils le troisième jour, e sorte que, dans cette circonstance, elle eut à peu près autant d’heures à passer dans l’isolement et dans l’affliction, qu’il s’en écoula plus tard depuis la Passions jusqu’à la Résurrection du Sauveur, moment heureux où il lui apparut vivant et plein de gloire. Cet espace de trois jours signifie que celui qui a perdu la présence sensible de son Dieu et la grâce de la dévotion, ne recouvre pas sur-le-champ ce qu’il a perdu. Quand le Seigneur se cache à une âme, c’est toujours pour un certain temps ; soit en punition d’une faute qu’elle a commise, soit pour lui fournir l’occasion de pratiquer la patience et l’humilité, soit enfin pour exciter par ce délai la vivacité de ses désirs et l’obliger à Le chercher avec tant d’ardeur qu’elle mérite de Le retrouver au plus tôt et même de recevoir des grâces plus abondantes de son infinie bonté. Du reste, ce terme de trois jours, pris en lui-même, est de nature à soutenir notre confiance et notre courage, puisqu’il nous montre comme rapproché le moment où nous serons de nouveau consolés. « Après deux jours, disent par la bouche d’un prophète les justes affligés, le Seigneur nous vivifiera ; au troisième, il nous ressuscitera, et nous vivrons en sa présence. »

2) Le lieu où fut retrouvé Jésus, c’est le temple, c’est la maison de Dieu, maison de prière et de recueillement, consacrée au culte du souverain Seigneur de toutes choses et aux œuvres du service divin. Cela signifie que nous ne trouverons pas Jésus-Christ dans la compagnie de ceux que nous connaissons selon la chair et le sang, ni parmi les délices et les vanités du monde, mais dans la véritable Église et dans notre propre cœur, pourvu que nous en fassions un temple vivant, une maison de prière, dédiée aux œuvres de la dévotion et de la sainteté. L’Épouse, dans les Cantiques, nous enseigne admirablement cette vérité, quand elle nous dit qu’elle n’a point trouvé son Bien-Aimé dans sa couche nuptiale, c’est-à-dire dans le repos et les plaisirs des sens, ni dans les rues et les places publiques de Jérusalem, c’est-à-dire dans le bruit et les embarras du monde. Elle ne l’a trouvé que dans la solitude, après avoir renoncé entièrement aux consolations des créatures, pour chercher uniquement le Créateur. Par conséquent, ô mon âme, si tu désires trouver le Seigneur, examine bien où tu le cherches ; car l’Esprit-Saint nous avertit qu’il n’habite point la terre de ceux qui vivent dans les délices.

3) En quelle compagnie était le Seigneur, que faisait-Il lorsque la Vierge entra dans le temple ? Ce ne fut pas sans un dessein spécial de la Providence qu’elle le trouva assis parmi les docteurs de la loi, les écoutant et leur proposant des questions. Il prétendait par-là faire comprendre à sa sainte Mère la raison pour laquelle Il l’avait quittée et était demeuré seul à Jérusalem. Il désirait en même temps nous apprendre qu’Il est toujours au milieu des docteurs de son Église, et que nous avons toujours, dans leur enseignement et leur direction, un moyen sûr d’aller à Lui et de Le trouver. Il voulait enfin signifier aux docteurs que, s’Il est au milieu d’eux, c’est pour écouter ce qu’ils disent et ce qu’ils enseignent, afin de les redresser, s’ils s’égarent, et de les aider à connaître la vérité, pourvu qu’ils ne se rendent pas indignes de recevoir ses lumières.

4) Essayons de comprendre quelle dut être la joie de la Vierge quand elle rencontra celui qu’elle avait perdu depuis trois jours, et qu’elle avait cherché avec tant de peine. Lorsque la mère du jeune Tobie vit de retour et en pleine santé le fils qu’elle pensait avoir perdu pour jamais, les larmes que la douleur faisait couler de ses yeux se changèrent en larmes de bonheur. C’est une image de ce qui arriva à la Mère de Jésus. Ce troisième jour fut pour elle une sorte de résurrection ; la mesure de son affliction fut celle de son allégresse ; et en elle s’accomplit à la lettre cette parole de David : « Autant la douleur avait pénétré mon cœur, autant, Seigneur, vos consolations ont inondé mon rimes. »

Ô Vierge sainte, qui retrouvez enfin l’unique objet de votre amour, comment ne prendrais-je point part à votre joie ? Votre espérance, si longtemps différée, vous causait un cruel tourment ; aujourd’hui, l’accomplissement de votre désir est pour vous comme un arbre de vie, car vous retrouvez l’arbre mystérieux et divin qui est la vie des nations. Obtenez-moi, Vierge bénie, la grâce de Le chercher avec tant de zèle, que je mérite de Le trouver et d’y cueillir, comme vous, des fruits de bénédiction et de salut.

5) Voyons avec admiration comment la Vierge sut tempérer par une rare modestie l’extrême joie de son cœur. Voilà son Fils parmi les docteurs ; Il les frappe tous par la sagesse de ses paroles. Quelle est la conduite de l’humble Marie ? Loin d’imiter les autres femmes, naturellement si portées à relever les qualités heureuses de leurs enfants et à se vanter d’être leur mère, elle contemple, avec une surprise mêlée de vénération, le spectacle qu’elle a sous les yeux. Ainsi nous enseigne-t-elle à unir la modestie à la joie, suivant ce précepte de l’Apôtre : « Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je vous le dis encore une fois, réjouissez-vous ; mais que votre modestie soit connue de tous, parce que le Seigneur est proche. » C’est-à-dire : Réjouissez-vous sans perdre la modestie : le Seigneur est au milieu de vous, Il vous regarde, et il ne convient pas que vous vous livriez à une joie orgueilleuse en sa présence.

III. — Les paroles de Marie à Jésus manière de prier en forme de plainte inspirée par l’amour.

La Vierge, ayant aperçu son divin Fils, se plaignit amoureusement à lui en ces termes rapportés par l’Évangéliste saint Luc : « Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi envers nous ? Voilà que nous vous cherchions, votre père et moi, plongés dans la douleur. » Toutes ces paroles sont pleines de mystères ; elles méritent d’être méditées chacune en particulier.

1) « Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi envers nous ? » La Vierge ne prétend point, par cette question, demander compte à son Fils de ce qu’Il a fait, ni en savoir la raison, ce qui serait une curiosité présomptueuse et inexcusable ; elle veut seulement lui exprimer la douleur qui navre son cœur maternel. Les saints emploient souvent cette manière de parler avec Dieu lorsqu’ils sont dans l’affliction. C’est, à proprement dire, une prière par laquelle ils Lui demandent implicitement le remède à leurs maux. Car, d’un côté, ils attribuent leurs peines à la Providence qui veut ou permet toutes choses pour leur bien ; de l’autre, ils confessent qu’il n’appartient qu’à Elle de les délivrer et de les sauver.
Nous aussi, nous pouvons prier Dieu notre Seigneur de cette manière. Tantôt, nous Lui dirons avec Job : « Pourquoi m’avez-vous rendu l’objet de votre colère ? Faut-il que je sois à charge à moi-même ? Pourquoi n’effacez-vous pas mon péché et ne me pardonnez-vous point mon iniquité ? Pourquoi me cachez-vous votre visage et me croyez-vous votre ennemi ? » Tantôt nous répéterons avec notre Sauveur attaché à la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’avez-vous abandonné ? »
Remarquons ici que la Vierge ne dit pas, pourquoi avez-vous agi ainsi envers moi ; mais, envers nous ? En voici la raison. Lorsque les saints souffrent des peines qui leur sont communes avec plusieurs, ils ne ressentent pas uniquement leur mal et n’en demandent point pour eux seuls le remède ; mais, sensibles aux souffrances de leurs frères comme aux leurs mêmes, ils ne négligent rien pour leur en obtenir la délivrance. Car la charité n’est point égoïste ; l’homme vraiment charitable ne songe pas seulement à ses propres intérêts, il s’occupe encore de ceux du prochain. Il dit avec le Psalmiste : « Pourquoi, Seigneur, détournez-vous de nous votre visage ? Et pourquoi oubliez-vous notre pauvreté et notre tribulation ? » Il faut se garder, dans cette manière de prier en forme de plainte, de tout ce qui pourrait diminuer le sentiment de l’amour et de la confiance en Dieu. Pour ce motif, il est à propos de mêler à notre prière quelques termes affectueux, comme Marie lorsqu’elle dit à Jésus : « Mon fils » ; et comme Notre-Seigneur quand il s’écria dans son délaissement sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu » : expressions qui respirent la confiance et l’amour.

2) « Voilà que votre père et moi. » Oh ! Prodigieuse humilité de la Mère de Dieu ! Non contente de nommer saint Joseph le premier, à cause du respect qu’elle lui porte, elle lui donne encore publiquement le nom de père de Jésus, comme si la conception du Sauveur du monde n’avait pas été l’œuvre du Saint-Esprit. C’est une humiliation pour elle ; mais la Vierge, humble par excellence, est plus jalouse de l’honneur de son époux que du sien propre, et elle tient, à lui donner, dans l’assemblée des docteurs et en présence d’un grand nombre de Juifs, le glorieux titre de père. Ainsi nous enseigne-t-elle à honorer notre prochain, au préjudice même de notre réputation et de notre gloire.

3) « Nous vous cherchions plongés dans la douleur. » Ces paroles nous avertissent que nous devons chercher Dieu avec une douleur qui procède, comme celle de Marie et de Joseph, de l’amour, de cet amour surnaturel et divin qui produit dans l’âme les quatre effets suivants : une vive douleur qui nous fait répandre des larmes à la seule pensée que nous avons perdu celui que nous aimons ; un désir ardent de le chercher avec une intention pure, non pour notre propre intérêt et pour notre consolation, mais uniquement pour unir plus étroitement notre cœur à son cœur ; une diligence extrême à employer les moyens les plus efficaces pour le retrouver ; enfin, une constance généreuse qui ne nous permette de prendre aucun repos, avant d’avoir réussi dans une si sainte entreprise. « Cherchez le Seigneur, dit le prophète royal, et soyez constants, cherchez sans cesse sa présence. » Isaïe dit dans le même sens : « Si vous cherchez le Seigneur, cherchez-le bien » ; c’est-à-dire, comme un Seigneur si grand et si bon mérite d’être cherché ; et n’en doutez pas, vous le trouverez. La promesse qu’Il a faite est formelle : « Si vous me cherchez, vous me trouverez, pourvu que vous me cherchiez de tout votre cœur. » Si donc nous ne trouvons pas le Seigneur, c’est que nous avons négligé de remplir quelqu’une des conditions précédentes. Examinons-nous sur ce point ; voyons en quoi nous avons manqué, et prenons la résolution d’être désormais plus fidèle.

4) Remarquons, en dernier lieu, la brièveté et la concision des paroles de Marie. Non seulement elle n’en dit aucune qui soit superflue, mais elle en supprime même plusieurs qui paraîtraient nécessaires pour déclarer entièrement sa pensée.
Elle renferme tout dans un seul mot, ainsi : « Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi ? » Cet exemple confirme ce que nous avons eu lieu d’observer ailleurs, l’attention continuelle que la très prudente Vierge avait de modérer sa langue et de peser tout ce qu’elle disait. Mais aujourd’hui, elle montre d’une manière plus frappante l’empire qu’elle a sur elle-même, en comprimant cette abondance de paroles qui s’échappent ordinairement d’un cœur affligé.

IV. — Réponse de Jésus à sa Mère.

À la demande de sa sainte Mère, Jésus répondit : « Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu’il faut que je sois occupé aux choses qui regardent le service de mon Père ? » Cette réponse n’est pas moins grave ni moins admirable que celles qu’Il venait de faire aux docteurs. Il convient donc de la méditer attentivement : ce sont les paroles de la Sagesse incarnée.

1) « Pourquoi me cherchiez-vous ? » Cette parole, à la première impression, paraît dure et sévère et semble tenir de la réprimande. On est tenté de croire qu’elle signifie : Qu’aviez-vous besoin de me chercher et de vous inquiéter à mon sujet ? Étant ce que je suis, pouvais-je me perdre ? Mais Jésus parle de la sorte pour faire comprendre qu’Il est plus qu’un homme, et pour fournir à sa Mère l’occasion de montrer sa patience et son humilité héroïque. Marie, en effet, ne se borne pas à souffrir en silence une réponse empreinte d’une apparente sécheresse ; elle la reçoit encore avec respect et avec amour. Le Sauveur veut en même temps enseigner aux directeurs de conscience chargés de la conduite spirituelle des personnes religieuses et, généralement, des âmes qui tendent à la perfection, qu’ils doivent quelquefois, selon la doctrine de saint Jean Climaque, les éprouver par des réponses mortifiantes et des réprimandes aigres, en des occasions où elles ne sont point coupables, afin qu’elles donnent la mesure du progrès qu’elles ont fait dans l’humilité et la patience, et qu’elles avancent de plus en plus dans ces vertus. Car c’est peu de nous taire quand on nous reprend d’une faute que notre conscience nous reproche ; mais garder le silence quand notre conscience nous justifie, c’est la marque d’une vertu héroïque.

2) « Ne saviez-vous pas, ajoute le Sauveur, qu’il faut que je sois occupé aux choses qui regardent le service de mon Père ? » Comme s’il disait : Puisque vous n’ignorez pas qui Je suis, vous deviez savoir que c’est une obligation pour Moi de M’employer tout entier au service de mon Père qui est dans le Ciel, moi qui n’ai point de père sur la terre. Jésus-Christ notre Seigneur nous apprend par ces paroles que son unique occupation était de servir son Père ; que le seul but de ses pensées et de ses travaux était de procurer sa gloire, comme Il le déclare plus tard, en disant : « Je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais-la volonté de celui qui m’a envoyé. Il faut que je fasse les œuvres de celui qui m’a envoyé, tandis qu’il est jour, c’est-à-dire durant tout le cours de ma vie mortelle. » À l’imitation de notre divin modèle, occupons-nous non de ce qui peut satisfaire notre sensualité et notre amour-propre, mais des choses du service de Dieu ou qui peuvent se rapporter à sa gloire. Confondons-nous en voyant combien nous nous sommes écartés jusqu’ici de cette ligne de conduite. Par un étrange aveuglement, nous avons songé aux choses de la terre, et nous avons oublié celles du Ciel.

Ô bon Jésus, quelle n’a pas été votre application au service de votre Père ! C’était pour vous un sujet d’étonnement que l’on pût à la fois Vous connaître et espérer Vous trouver occupé à des choses qui y fussent étrangères. Aidez-moi, je Vous en conjure, à n’abandonner jamais les œuvres de votre service, et à n’avoir d’autre désir que de les aimer et de les accomplir. Il est juste, Seigneur, que ma mémoire, mon entendement, ma volonté, mes sens, tout ce que je suis, s’occupent sans cesse de Vous et de votre gloire, puisque Vous ne cessez de Vous employer à ce qui regarde mon utilité, ma perfection et mon salut.

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