• Affichages : 1400

 

Été 1916 : « Que faites-vous ? Priez, priez beaucoup ! Les Cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. »


L’oraison


Durant l’été 1916, eut lieu la deuxième apparition de l’Ange.  Les trois petits cousins étaient en train de jouer près du puits de la maison des dos Santos. Quoi de plus naturel pour des enfants que de jouer lorsque l’école ne les appelle pas ? Pourtant l’Ange commença par leur faire un léger reproche : « Que faites-vous ? Priez, priez beaucoup. » Pour la troisième fois, l’Ange leur demanda de prier. Cette insistance sur la prière est significative et doit nous inciter à approfondir cette nécessité de prier souvent.

Prier sans cesse

Cette pensée est profondément évangélique. Notre-Seigneur disait : « Priez en tout temps. » (Luc 21, 36) Et après Lui, saint Paul disait : « Priez sans cesse ». (1Thes. 15, 17) Mais dans notre vie moderne, comment pouvons-nous « prier en tout temps » ou « prier sans cesse » ? Les saints nous ont bien donné l’exemple. Par exemple, sainte Thérèse d’Avila se lamentait de pouvoir rester un quart d’heure sans penser à Jésus. Mais comment prier sans cesse et accomplir son devoir d’état ?

Il ne faut pas oublier qu’il y a différentes formes de prière. Tout d’abord, tout ce que nous faisons, en l’offrant par amour pour Jésus, est déjà une prière en soi. C’est pourquoi il est important de ne jamais oublier de commencer sa journée en offrant tout ce que nous allons faire. Plus particulièrement, pendant cette préparation, offrons notre journée pour la conversion des pécheurs.

Parmi les différentes formes de prière, une des plus importantes, mais trop souvent négligée ou oubliée, est l’oraison. Car l’oraison est véritablement la nourriture de l’âme.

Qu’est-ce que l’oraison ?

L’oraison est tout simplement une conversation cœur à cœur avec Dieu. On peut distinguer deux formes d’oraison :
     - les oraisons très courtes tout au long de la journée, que l’on appelle aussi oraisons jaculatoires,
     - l’oraison comme temps particulier (10, 15, 30 mn, …) consacré à Dieu.

Dans chaque cas, l'essentiel est de finir par avoir l'âme en contact avec le Seigneur ou vivre en sa présence tout le temps. C'est cela prier sans cesse. Et les oraisons jaculatoires comme l'oraison elle-même apprennent à l'âme à rester devant Dieu. Analysons brièvement chacune de ces deux formes d’oraison.

L’oraison jaculatoire

Pour prendre l’habitude de réciter des petites oraisons tout au long de la journée, il faut commencer par choisir une prière très courte (une phrase, ou même uniquement un mot) que l’on se propose de réciter le plus souvent possible. Quelques exemples :

  • « Jésus je vous aime, Jésus Marie, Joseph, … » ;
  • La prière du pèlerin russe qui propose de répéter uniquement le nom de Jésus ;
  • Les prières de l’Ange et de Notre-Dame à Fatima, en particulier la prière de Notre-Dame à réciter après chaque sacrifice pour l’offrir.

Les petits bergers répétaient souvent la première prière de l’Ange. C’est celle qu’il nous est proposé de choisir pendant cette préparation à la consécration du 13 mai.

Ici, la principale difficulté n’est pas tant de réciter la prière choisie puisqu’elle est très courte, mais c’est d’y penser. Pour cela, il peut être utile d’avoir quelques petites astuces,  comme essayer de la réciter chaque fois que l’on ouvre une porte par exemple.
Autre idée : Profiter des temps morts après avoir garé sa voiture pour aller à un rendez-vous ; ou se garer un plus loin que nécessaire (ne pas toujours rechercher la place la plus proche) et profiter du temps de marche pour faire une courte oraison.
Cette forme d’oraison ne nous demande aucun sacrifice particulier et au contraire utilise des temps pendant lesquels nous ne pouvons pas faire grand-chose d’autre.

Un moment pour Dieu

L’autre forme d’oraison est un peu plus exigeante, car elle demande de sacrifier quelques minutes de notre temps. Il faut se rendre dans un endroit un peu isolé, puis aller au fond de son cœur pour y trouver Jésus. Il faut, dans ce moment de calme, essayer d’écouter Dieu nous parler. Dieu ne parle que dans le silence.
Le plus important est d’être avec Lui. Quand on y réfléchit, cela ne demande aucun effort, puisqu'il suffit de se laisser faire, comme une feuille portée par le vent... Toutefois, pour beaucoup, cela reste difficile. Alors comment faire ? Quelques conseils ne sont peut-être pas inutiles.

Puisque c’est Dieu qui agit, commençons par invoquer l'Esprit-Saint (par exemple, en récitant le Veni Sancte Spiritus) pour Lui demander de venir en nous. Ainsi, Il nous assistera.
Ensuite, ne cherchons pas trop une méthode dans les livres savants : c’est Dieu qui fait notre oraison. Il faut Le laisser faire. L'oraison est passive : il faut ne rien attendre, ne rien dire, être là, en présence de Notre-Seigneur. Si nous ne "sentons" rien, nous savons, de foi, qu'Il a reçu ce temps et qu’Il l'utilisera comme Il le veut. Ce temps est à Lui. La seule chose que nous avons à faire est de Lui donner ce petit bout de notre temps en étant simplement avec Lui.
Pour bien illustrer ce point, le père Caffarel, grand apôtre de l’oraison, prenait l’image du bain de soleil. Pour prendre un bain de soleil, il suffit de se mettre au soleil et le soleil fait le reste.
Pour l’oraison, il suffit de se mettre en présence de Dieu et Dieu fait le reste.
Enfin, terminer l’oraison par un Pater très bien dit, car c’est la prière par excellence, celle enseignée par Jésus.

La véritable difficulté de l’oraison n’est pas tant dans l’oraison elle-même, même si elle demande un effort. C’est de trouver le temps, puis de persévérer. À ceux qui prétendaient n’avoir pas le temps de faire oraison, le père Descouvemont répondait : « On n’a jamais vu un homme mourir de faim parce qu’il n’avait pas le temps ! » C’est la même chose pour l’oraison : elle est la nourriture de notre âme, et nous devons nourrir notre âme tous les jours.

De plus, si nous prenons du temps pour Dieu, Dieu veillera sur nos affaires. Voici un récit trouvé par le père Caffarel et illustrant bien ce point :

Abdalwâhid Ibn Zeid souhaitait connaître qui serait son voisin dans le paradis et il lui fut dit : « O Abdalwâhid, tu auras pour voisine Mimoûna la Noire. - Et où est-elle, cette Mimoûna la Noire ? continua-t-il à demander avec plus d’audace que de discrétion. - Chez Banou Un-Tel, à Koûfa. » Il se rendit donc à Koûfa et se renseigna sur Mimoûna. C’était, lui dit-on, une folle qui faisait paître des moutons du côté du cimetière. Il la trouva en train de prier. Le troupeau paissait tout seul et cela était d’autant plus merveilleux que les moutons étaient mélangés de loups et que les loups ne mangeaient pas les moutons et que les moutons n’avaient pas peur des loups... « Comment se fait-il, demande alors Ibn Zeid, que ces loups fassent si bon ménage avec ces moutons ? - J’ai amélioré mes rapports avec mon Seigneur, et mon Seigneur a amélioré les rapports entre les moutons et les loups. »

À quelqu’un qui avait du mal à trouver le temps de faire oraison, un prêtre conseilla : « C’est le démon qui cherche à vous détourner de l’oraison. Si vous ne trouvez pas de temps, allongez un peu votre temps d’oraison : le démon cessera vite de vous dire que vous n’avez pas le temps. ! »

Malgré tout, la pratique de l’oraison n’est pas chose aisée pour tout le monde. Deux petites règles simples peuvent aider utilement :
    - La veille au soir : fixer une heure précise pour son oraison du lendemain.
    - Le lendemain soir, au cours de l’examen de conscience : voir si on l’a bien faite.

Quelle durée doit avoir notre oraison ? On peut ne commencer que par 5 minutes. Mieux vaut faire 5 minutes tous les jours et s’y tenir, que 15 minutes de temps en temps, puis de moins en moins, … puis plus jamais !

Pour terminer, voici une histoire montrant que l’oraison, c’est simplement être avec Jésus.

Quand le prêtre entra dans la chambre, il trouva le pauvre homme sur son lit, la tête soutenue par deux d'oreillers. Il y avait une chaise à côté, de sorte que le prêtre supposa que l'homme savait qu'il viendrait le voir.
−   Je suppose que vous m'attendiez,  dit le prêtre.
−   Non, répondit le malade. Qui êtes-vous ?
−   Je suis le prêtre que votre fille a appelé pour prier avec vous. Quand je suis entré, j'ai remarqué la chaise vide à côté de votre lit. Je pensais que vous saviez que je viendrais vous rendre visite.
−   Ah oui, la chaise. Ça vous dérangerait de fermer la porte ? dit le malade.

Le prêtre surpris ferma la porte. Le malade continua :
−   Je ne l'ai jamais dit à personne, mais toute ma vie, je l'ai passée sans savoir comment prier. Quand j’allais à l'église, j'ai toujours entendu parler de la prière, comment prier et les avantages qu'elle apporte, etc. ... Mais ces prières, je ne sais pas, ... ça me rentre par une oreille et ça sort par l'autre. Quoi qu'il en soit, je n'avais aucune idée de comment faire. Alors il y a bien longtemps, j’ai abandonné tout à fait la prière.
C'était vrai jusqu'à il y a environ quatre ans, quand en parlant avec mon meilleur ami, celui-ci m'a dit : « José, le but de la prière c’est tout simplement avoir une conversation avec Jésus. Voilà ce que je te suggère de faire. Tu t’assoies sur une chaise et tu mets une chaise vide en face de toi ; et avec foi tu regardes Jésus assis en face de toi. Ce n’est pas quelque chose de fou à faire, car il a dit : "Je serai toujours avec vous." Donc, tu lui parles et tu l’écoutes, de la même façon que tu le fais avec moi aujourd’hui. »
C'est ce que j'ai fait une fois et j'ai tellement aimé, que j'ai continué environ deux heures par jour chaque fois. Je fais toujours très attention à ce que ma fille ne me voit pas... Car, si elle me voyait, elle me ferait interner immédiatement à l'asile.
En entendant cela, le prêtre ressentit une grande émotion et dit à José que c'était une bonne chose ce qu'il faisait, et surtout qu’il ne s'arrête jamais. Il dit alors une prière avec lui, lui donna une bénédiction et s'en retourna à sa paroisse.

Deux jours plus tard, la fille de José appela le prêtre pour lui annoncer que son père était mort. Le prêtre demanda :
−   Est-il mort en paix ?
−   Oui, quand j'ai quitté la maison vers deux heures de l'après-midi, il m’a appelé et je suis allée le voir. Il m'a dit qu'il m'aimait et m'a embrassée. Quand je suis revenue après quelques courses, une heure plus tard, je l'ai trouvé mort.
Mais il y a quelque chose d'étrange à propos de sa mort, parce qu’apparemment juste avant sa mort, il a rapproché la chaise de son lit et y a posé sa tête dessus.  Je l’ai trouvé comme cela. Qu’en pensez-vous ? Qu’est-ce que cela pourrait bien signifier ?

Le prêtre profondément ému écrasa les larmes qui commençaient à monter à ses yeux et répondit :
−   Souhaitons que nous puissions tous partir d’une façon aussi sereine.

Alors, demandons à notre ange gardien de nous apprendre à prier comme José et à nous faire penser à réciter de temps à autre dans la journée la prière enseignée par l’Ange de la Paix.

Pour ceux qui souhaiteraient approfondir cette question, voici deux bons livres pour bien commencer :
    - Du temps pour Dieu, par le père Philippe,
    - Cent lettres sur la prière, par le père Cafarel.

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies ou autres traceurs pour vous proposer des services ou réaliser des statistiques de visites.