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Été 1916 : « De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. Je suis son Ange gardien, l’Ange du Portugal. »


L’Ange du Portugal

Lors de sa première apparition, les toutes premières paroles de l’Ange furent : « N’ayez pas peur. Je suis l’Ange de la paix. » Ainsi, le premier enseignement de Fatima est de nous rappeler non seulement l’existence des anges, mais aussi que l’un d’eux est spécialement préposé par Dieu à la conservation de la paix sur terre.

Et lors de sa deuxième apparition, l’Ange précisa : « Je suis l’Ange gardien du Portugal. » Nous avons là un troisième enseignement : il y a un ange gardien pour chaque nation.

L’existence des anges

L’un des tous premiers points du message de Fatima est donc un rappel sur l’existence des anges. Pourquoi ce rappel ? Ce que la Bible et la tradition nous enseignent sur eux permettra de répondre à la question.

Nota : Les citations qui suivent sont tirées du Catéchisme de la Somme théologique du père Pègues, o.p., et les références entre parenthèses indiquent les questions de la Somme théologique (ST) qu’il a utilisées.

Saint Thomas enseigne que  les anges « sont les messagers dont Dieu se sert pour administrer le reste de son œuvre ». Nous avons tous notre ange gardien. Les nations, les églises, les paroisses, les communautés religieuses, … ont aussi leur ange gardien.
La raison principale est la suivante : « La providence du gouvernement divin a voulu que l’homme, aux pensées et aux volontés si changeantes et si fragiles, soit assisté, dans sa marche vers le ciel, par un des esprits bienheureux à jamais fixé dans le bien » (ST, Ia pars, q. 113, a. 1).
C’est pourquoi « les bons anges peuvent être envoyés par Dieu en ministère auprès des hommes, Dieu se servant de leur action auprès des hommes pour promouvoir le bien de ces derniers, ou pour l’exécution de ses conseils à leur endroit. » (ST, Ia pars, q. 112, a. 1).

Mais comment agissent les anges ? Saint Thomas répond : « L’ange ne peut pas changer la volonté de l’homme en agissant sur elle directement » (ST, Ia pars, q. 111, a. 2), mais il peut « agir sur l’imagination de l’homme et sur ses autres facultés sensibles » (ST, Ia pars, q. 111, a. 3). En particulier, « l’ange peut illuminer l’intelligence et l’esprit de l’homme, fortifiant sa vertu et mettant à sa portée la vérité pure que lui-même contemple » (ST, Ia pars, q. 111, a. 1) et ainsi l’aider à résoudre les difficultés auxquelles il est confronté.

Voilà donc le premier enseignement du message de Fatima. Dieu n’a pas seulement créé les hommes : Il créa aussi les anges et confia à certains d’entre eux le soin d’administrer le monde matériel et d’éclairer les intelligences humaines.

Notre première réaction doit donc être de rendre grâce à Dieu de nous avoir envoyé un tel messager pour nous rappeler son existence. La deuxième doit être d’invoquer ce messager pour qu’il nous vienne en aide et de lui demander de nous éclairer sur les actions à conduire. Or qui le fait ? Croyons-nous seulement à l’existence des anges ? Et lorsque nous y croyons, quels sont nos rapports avec eux ? Pensons-nous à les invoquer dans nos prières du matin, à leur demander conseil dans la journée, à les remercier de leur aide dans nos prières du soir ? Alors en ce centenaire des apparitions de Fatima, prenons la résolution de vivre véritablement avec notre ange gardien, tout au long de la journée.

L’Ange de la Paix

Le deuxième enseignement donné par l’Ange est qu’il existe un ange dont la fonction est la conservation de la paix sur terre. Mais pourquoi Dieu envoya-t-il l’Ange de la Paix parler aux hommes ? Lorsque l’Ange de la Paix apparut à Fatima, la première guerre mondiale faisait rage depuis presque deux ans. Si Dieu l’envoya sur terre dans des circonstances aussi dramatiques, n’était-ce pas pour nous aider précisément à  rétablir la paix ? Il serait donc pertinent de suivre ce qu'il dit.
Aussi, pour rétablir la paix dans le monde, convient-il de demander à l’Ange de la Paix d’illuminer nos intelligences et nos esprits sur les actions concrètes à accomplir les plus propices à rétablir l’ordre et la paix.

Or que demande l’Ange ? « Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices. (…) De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. » Dans sa première apparition, l’Ange n’avait donné que son nom : l’Ange de la Paix. Ici, il donne un moyen pour l’obtenir. Et quel est ce moyen ? Il demande d’offrir à Dieu des prières et des sacrifices.

Il a là véritablement une politique divine au vrai sens du terme. Car non seulement l’Ange évoque la guerre qui ravage l’Europe, mais il en indique aussi les causes ainsi que le remède pour revenir à la paix. Et les paroles de l’Ange prennent un relief extraordinaire lorsqu’on les replace dans leur contexte. En effet, au printemps 1916, au moment où l’Ange parle pour la première fois, le Portugal vient tout juste d’entrer en guerre. Car, en février, le parlement venait de décider de donner suite à la requête anglaise réclamant la saisie des bateaux allemands. La guerre devenait dès lors inévitable. L’Allemagne la déclara au Portugal le 9 mars et l’Autriche-Hongrie peu de jours après. Le gouvernement décida de préparer l’envoi d’une armée sur le front français. Environ un mois plus tard, l’Ange de la Paix apparaissait à trois petits cousins pour leur dire : « Ne craignez pas, je suis l’Ange de la Paix. », puis trois mois plus tard « De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. » Dans ce contexte, les propos de l’Ange ne sont-ils pas pleins d’espérance ? N’annonce-t-il pas déjà l’intervention divine qui mettra fin à l’horrible guerre, au moins pour le Portugal ?

Remarquons que l’Ange de la Paix ne demande pas de prier pour la paix. Non ! Il demande de prier et d’offrir des sacrifices « en réparation des péchés par lesquels Dieu est offensé, et en supplication pour la conversion des pécheurs. » Quelle sagesse ! Le véritable mal, le seul et unique responsable de la guerre, c’est le péché. La guerre n’en est que la conséquence. Car la guerre est le fruit naturel et inéluctable des péchés des hommes, en particulier de l’orgueil, de l’ambition, de la rapacité, de l’insouciance, de la trahison, de l’aveuglement, etc.

C’est pourquoi l’Ange de la Paix nous apprend que le remède est d’abord surnaturel. Lorsque les crimes des hommes seront réparés et la justice divine apaisée, lorsque le châtiment aura conduit les pécheurs à la conversion, alors, et alors seulement, la paix reviendra. Vérité dure à entendre et trop ignorée de nos jours, mais qui est la leçon continue de toute l’histoire humaine.

L’Ange ne dit pas qu’il ne faut pas prier pour obtenir la paix. L’Église l’a toujours fait. Il y a même une messe votive pour la paix dont la collecte en particulier dit :

Dieu qui êtes la source des saints désirs, des intentions droites et des œuvres justes, donnez-nous cette paix que le monde ne peut donner, pour que nos cœurs s’attachent à vos commandements et que, délivrés de la terreur des ennemis, nous puissions vivre des jours paisibles sous votre protection.

Il est donc possible et même indispensable de prier pour la paix, car, comme le dit la collecte que nous venons de citer, le monde ne peut pas la donner. Mais, nous dit l’Ange de la Paix, il n’est pas suffisant de prier : il faut  aussi « offrir des sacrifices ». S'appuyant sur le prophète Jonas, l'abbé Augustin Lehmann, dans un petit livre publié en 1884, Dieu a fait la France guérissable, affirme exactement la même chose : « Les deux premiers moyens à employer pour obtenir la guérison d'une nation aux prises avec la mort sont la prière et pénitence ». Or, quand on voit la déchristianisation généralisée et l’immoralité galopante du monde, bien des pays ne sont-ils pas « aux prises avec la mort » ? Tout comme l’Ange, l’abbé Lehmann rappelle que pour redresser notre pays, il faut commencer par des prières et des sacrifices. On pourrait même dire que l’Ange a en quelque sorte confirmé les propos de l’abbé Lehmann !

Notons au passage que l’Ange ne demande pas de faire des sacrifices, mais d'offrir des sacrifices, car à la question de Lucie il répond qu’il suffit d’offrir « tout ce que l’on peut », c’est-à-dire toutes les contrariétés et difficultés de la vie quotidienne.

Enfin considérons la bonté de Dieu : en offrant des sacrifices pour les pécheurs, non seulement nous obtiendrons leur conversion, mais Dieu nous accorde une grâce supplémentaire merveilleuse : Il nous promet la paix pour notre pays. Est-il moyen plus simple pour obtenir la paix ? Y pensons-nous assez ? Un messager du Ciel nous donne un moyen pour obtenir la paix, mais qui se préoccupe de le mettre en pratique ? Hélas, force est de constater que depuis cent ans, ce moyen est, on peut dire, bien souvent oublié.

L’Ange gardien des nations

Enfin l’Ange précise un autre point. Il dit aux petits voyants : « Je suis l’Ange gardien de votre pays. Je suis l’Ange du Portugal ». Ainsi le message de Fatima rappelle que les nations ont un ange gardien chargé de veiller à leur prospérité temporelle et surnaturelle. Dieu Lui-même veille sur nos patries avec amour et confie leur salut à ses anges.

À ce sujet, on est en droit de regretter la suppression de la fête de l’Ange gardien de la patrie lors de la réforme liturgique de saint Pie X. Dans ce contexte, le rappel de l’Ange, peu de temps après la suppression de cette fête, prend un relief particulier. D’ailleurs, les évêques portugais ne s’y trompèrent pas et obtinrent du pape Pie XII le rétablissement de la fête, désormais célébrée le 10 juin, jour de la fête nationale. On aimerait que nos évêques aient la même sollicitude pour l’Ange gardien de la fille aînée de l’Église. En attendant, rien ne nous empêche de l’invoquer. Il répondra d’autant plus à notre appel qu’en ce moment, il n’est pas surchargé, étant donné l’oubli dans lequel il est enfermé.

Ainsi Dieu créa les anges. Il confia à certains d’entre eux de veiller sur les nations, et à l’un d'eux de veiller à la paix dans le monde. Tel est le tout premier enseignement de Fatima. Or qu’avons-nous fait de cet enseignement depuis cent ans ? Pas grand-chose, hélas ! Aujourd’hui, le monde n’est toujours pas en paix. La guerre sévit en plusieurs points du globe. Malgré cela, l’Ange de la Paix est toujours auprès de nous et ne demande pas mieux que de nous aider pour rétablir la paix. Il est donc plus qu’urgent de suivre ses conseils.
Voulons-nous la guérison de notre pays ? Commençons par offrir à Dieu des prières et des sacrifices pour la conversion des pécheurs. Mais qui songe à le faire aujourd’hui ?

Alors en ce centenaire, surtout si nous avons quelques responsabilités dans le gouvernement de la cité, demandons à notre Ange gardien, à l’Ange gardien de notre pays et à l’Ange de la Paix :

  • tout d’abord de nous aider à offrir les sacrifices de la vie quotidienne, non seulement pour la conversion des pécheurs, mais aussi pour obtenir la paix,
  • ensuite de nous suggérer les bonnes décisions à prendre et les bonnes actions à lancer pour rétablir la paix.

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