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Les sacrifices pour la conversion des pécheurs

Les enseignements de l’Ange en 1916

Le premier élément de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie enseigné par Notre-Dame aux petits voyants de Fatima fut de faire des prières et des sacrifices pour la conversion des pécheurs. Ils furent préparés à recevoir cette révélation par les apparitions de l’Ange en 1916.
À la première, l’Ange leur apprit une prière pour les pécheurs : « Mon Dieu, je crois, j’adore, j’espère et je Vous aime. Je Vous demande pardon pour ceux qui ne croient pas, qui n'adorent pas, qui n'espèrent pas, qui ne Vous aiment pas»
À la deuxième, il leur dit : « Que faites-vous ? Priez, priez beaucoup ! Les Cœurs de Jésus et de Marie ont sur vous des desseins de miséricorde. Offrez constamment au Très-Haut des prières et des sacrifices. »
Lucie répliqua : « Comment devons-nous faire des sacrifices ? »
L’Ange lui répondit : « De tout ce que vous pourrez, offrez à Dieu un sacrifice en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs. De cette manière, vous attirerez la paix sur votre patrie. Je suis son Ange gardien, l’Ange du Portugal. Surtout, acceptez et supportez, avec soumission, les souffrances que le Seigneur vous enverra. »
À la troisième, il leur apprit une prière se terminant par : « Par les mérites infinis de son très Saint Cœur [de Jésus] et du Cœur Immaculé de Marie, je Vous demande la conversion des pauvres pécheurs»

 Les enseignements de Notre-Dame en 1917

L’année suivante, à la première apparition (13 mai), Notre-Dame demanda aux petits voyants : « Voulez-vous vous offrir à Dieu pour supporter toutes les souffrances qu’Il voudra vous envoyer, en acte de réparation pour les péchés par lesquels Il est offensé, et de supplication pour la conversion des pécheurs »

À la deuxième (13 juin), Notre-Dame leur révéla que Jésus voulait établir dans le monde la dévotion au Cœur Immaculé, mais elle ne leur dit pas en quoi elle consistait. Or les petits voyants n’avaient guère d’instruction et ne pouvaient pas savoir en quoi elle consistait. Il était donc logique que la Sainte Vierge le leur apprenne dans les apparitions suivantes. Et c’est effectivement ce qui arriva.
À la troisième apparition (13 juillet), après un court dialogue, Notre-Dame leur dit : « Sacrifiez-vous pour les pécheurs, et dites souvent, spécialement chaque fois que vous ferez un sacrifice : "Ô Jésus, c’est par amour pour Vous, pour la conversion des pécheurs, et en réparation des péchés commis contre le Cœur Immaculé de Marie" ».
Puis, après leur avoir montré l’enfer et confié le secret, elle termina en leur apprenant une deuxième prière : « Quand vous réciterez le chapelet, dites après chaque mystère : "Ô mon Jésus, pardonnez-nous (1). Préservez-nous du feu de l’enfer, conduisez au Ciel toutes les âmes, surtout celles qui en ont le plus besoin».
Enfin, à la quatrième apparition (19 août), Notre-Dame, juste avant de partir, leur recommanda : « Priez, priez beaucoup et faites des sacrifices pour les pécheurs. Car beaucoup d'âmes vont en enfer parce qu'elles n'ont personne qui se sacrifie et prie pour elles. »

 Les précisions de Notre-Seigneur

Plus tard, Notre-Seigneur précisa les sacrifices qu’Il désirait. Dans une lettre du 28 février 1943, sœur Lucie confia à Monseigneur Feirrera qui fut un de ses conseillers spirituels : « Voici la pénitence que le Bon Dieu demande aujourd’hui : c’est le sacrifice que chacun doit s’imposer à soi-même pour mener une vie de justice dans l’observance de sa loi. Et Il désire que l’on fasse connaître clairement cette voie aux âmes, car beaucoup donnent au mot "pénitence" le sens de grandes austérités, et comme elles ne se sentent ni force ni générosité pour cela, elles se découragent et se laissent aller à une vie de tiédeur et de péché.
Du jeudi au vendredi, me trouvant dans la chapelle avec la permission de mes supérieures, à minuit, Notre-Seigneur me dit : "Le sacrifice qu’exige de chacun l’accomplissement de son propre devoir et l’observance de ma loi, voilà la pénitence que je demande et que j’exige maintenant". »

Deux mois plus tard, dans une lettre du 4 mai 1943, elle confia au père Gonçalvès, un autre de ses directeurs spirituels qui avait été envoyé au Mozambique deux ans plus tôt : « Il désire que l’on fasse comprendre aux âmes que la véritable pénitence qu’Il veut et exige maintenant consiste avant tout dans le sacrifice que chacun doit s’imposer pour accomplir ses propres devoirs religieux et matériels»

Cette pratique est donc simple et accessible à tout le monde. Il ne s’agit pas de s’imposer des mortifications ou de réciter de nombreuses prières. Non ! Ce que le Ciel nous demande, c’est d’accomplir honnêtement notre devoir d’état, de respecter la loi divine et d’offrir les efforts que cela nous demande pour la conversion des pécheurs et pour réparer les outrages commis envers les cœurs de Jésus et de Marie.

Le point le plus important du message de Fatima

Sœur Lucie n’a cessé de répéter que les prières et les sacrifices pour la conversion des pécheurs constituaient le point fondamental de la dévotion au Cœur Immaculé de Marie. Au père Thomas McGlynn, un dominicain américain qui voulait sculpter une statue de Notre-Dame de Fatima et lui demandait en quoi consistait son message, elle répondit : « La conversion des pécheurs, et le retour des âmes à Dieu. Cette idée a été répétée dans toutes les apparitions ; c’est pourquoi je considère que c’est l’essentiel du message ». (En toute rigueur, la Sainte Vierge n’a abordé ce thème que dans trois apparitions, la première, la troisième et la quatrième. Mais, il a également été abordé dans les trois apparitions de l’Ange en 1916, soit en tout six apparitions sur neuf.)
De même, le 12 août 1946, à John Haffert, l’un des fondateurs de l’Armée bleue, qui lui posait des questions sur ce point précis, sœur Lucie répondit :

Quelle est la principale demande de Notre-Dame ?
Le sacrifice.
— Et qu’entendez-vous par sacrifice ?
— Par sacrifice, Notre-Dame a dit qu’elle entendait l’accomplissement loyal du devoir d’état quotidien de chacun.
— Mais le Rosaire n’est-il pas important ?
— Si, car nous devons prier afin d’obtenir les forces pour être capables d’accomplir notre devoir quotidien.

Une dévotion parfaitement évangélique

Ainsi, le point fondamental du message de Fatima est ordonné au salut des pécheurs et se trouve dans les quatre prières enseignées aux petits voyants. En effet, la première prière de l’Ange est pour réparer les offenses commises par les pécheurs ; la deuxième se termine en demandant la conversion des pécheurs ; et les deux prières enseignées par Notre-Dame ont également pour but d’obtenir la conversion des pécheurs.
C’est toute l’économie divine du salut qui est contenue dans ces prières. Car Dieu s’est incarné pour sauver les pécheurs et le Christ a souffert pour sauver les pécheurs. Le message de Fatima est donc parfaitement conforme à l’enseignement de l’Évangile.
Cette pratique a de plus une faculté inestimable. En effet, à celui qui embrasse la dévotion au Cœur Immaculé de Marie, Notre-Dame « promet le salut ». Or, les sacrifices pour la conversion des pécheurs en sont la principale pratique. En conséquence, à tous ceux qui feront de tels sacrifices, la Sainte Vierge promet le salut.
En cela, Notre-Dame ne fait d’ailleurs que confirmer un enseignement constant de l’Église. Car, dans l’épilogue de l’Épitre de saint Jacques (V, 19-20) que l’on lit à la messe des rogations de l’Ascension, l’apôtre nous dit : « Celui qui ramène un pécheur de la voie où il s’égarait sauvera son âme de la mort et fera disparaître une multitude de péchés. »
Et il n’y a pas qu’à Fatima que le Ciel rappela cet enseignement. À peu près à la même époque, le 23 mars 1921, à Poitiers, Notre-Seigneur confia à sœur Josefa Ménendez :
« Écoute, Josefa Il y a des âmes chrétiennes et même pieuses qu’une attache suffit parfois à ralentir dans le chemin de la perfection. Mais l’offrande qu’une autre Me fait de ses actions, unies à mes Mérites infinis, leur obtient de sortir de cet état et de reprendre leur course en avant.
Beaucoup d’autres aussi vivent dans l’indifférence et même le péché. Aidées de la même manière, elles retrouvent la grâce et se sauveront un jour.
D’autres encore, et bien nombreuses, sont obstinées dans le mal et aveuglées par l’erreur. Elles se damneraient, si les supplications d’une âme fidèle n’obtenaient que la grâce touche enfin leur cœur» (Un appel à l’amour, Éditions de l’Apostolat de la Prière, p. 151)

 

(1) Il est d’usage de dire : « Pardonnez-nous nos péchés ». Mais le texte portugais est plus concis. Dans le quatrième mémoire, sœur Lucie écrit : « O meu Jesus ! Perdoai-nos, livrai-nos do fogo Inferno, ... »

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